lundi 1 juin 2009

Pen Ar Bed: Dans les vagues du temps





En cette soirée de la saint Sylvestre 1996 j’avançais lentement sur le Boulevard Montaigne, pour venir emprunter la rue Mathieu Donnart puis celle de Pierre-Paul Riquet. Laquelle donnait accès directement au parking de l’hôtel.

L'Hôtel Center:

' Ce fut mon ultime refuge de Janvier 1997 à Juillet 1998, date à laquelle je pus reprendre possession du Drennec'





Ce fut une des périodes les plus sombres que je dus affronter dans cette longue quête de Pen Ar Bed. Pendant de nombreux mois le temps disponible dont je disposais fut consacré entièrement à rassembler les pièces nécessaires pour apporter les preuves irréfutables de l’ignominie dont j’avais été l’objet.
Parfois pour me sortir de ce cauchemar j’allais faire une marche jusqu’au bas de la rue de Siam, mais souvent je n’avais qu’une hâte de réintégrer ma chambre où je passais de longues heures à regarder la télévision ou à dormir pour tuer le temps.
Disposant de tickets restaurants que je n’utilisais pas, j’allais prendre mes repas du week end au self de Géant Casino. C’étaient les seuls moments où je me trouvais en contact avec le monde. Bien que seul devant mon assiette, la présence des clients me rassurait. Plus d’une année s’écoula ainsi sans qu’un évènement majeur vienne marquer cette vie qui n’avait plus guère de sens.
C’est dans son audience rendue le Jeudi 5 Mars 1998 que le TGI de Brest prononça le divorce aux tords et griefs réciproques. Malgré que le jugement ait précisé : ‘elle a multiplié les dépenses et crédits qui ont abouti à un endettement très important du couple, lesquels auraient normalement dû être évités en raison des revenus confortables' De rajouter également: ' l’imitation grossière de la signature du mari sur trois demandes de crédits revolving est sur ce point assez significative.’ Cela ne fut pas suffisant pour que le divorce soit prononcé à ses tords exclusifs. De fait l’abandon du domicile conjugal me fut préjudiciable ainsi qu’un témoignage partisan des ‘Gentils’. Ces voisins qu’Anne fréquentait, et dont elle faisait venir le mari dans notre chambre que je surpris un soir de décembre 1996 alors que je revenais d’un déplacement à Pont l’Abbé.
Au printemps 1998, alors que la procédure en divorce était définitivement close mettant ainsi fin au calvaire, je reçu un courrier de Mireille. C’était vraiment une surprise, elle m’informait que Myriam, notre fille cadette, attendait un bébé. Dans les jours qui suivirent je reçu également une lettre de sa part m’annonçant la naissance de l’enfant : le petit Vivien . Plus de quatorze années s’étaient écoulées depuis sa venue à Saint Benoit en 1983 à l’occasion des vacances de Pâques. Depuis je n’avais plus eu de ses nouvelles. Pourtant en Mai 1985 le Juge pour enfants de Poitiers m’avait convoqué lors des graves problèmes auxquels Myriam avait été confronté avec sa mère. Mireille, lors de ces différends, s’était vue retirer son droit de garde. Malgré ce long silence de Myriam, j’étais ravi qu’elle me donne enfin de ses nouvelles. De surcroit je montais en grade dans la constellation familiale, devenant à mon tour grand père à l’âge de cinquante quatre ans.
De même j’apprenais par un autre courrier qu’olivier était étudiant en première année à l’école d’infirmières de Montpellier. C’était la première fois qu’il m’adressait une lettre, je n’en revenais pas de recevoir autant de nouvelles après de si longues années de silence et d’ignorance. Sa venue dans le midi m’intriguais, lui qui m’avait toujours semblé très attaché à sa mère. Maman m’adressa également une lettre le 23 Mars 1998. Elle s’étonnait que je n’aie pu trouver ‘une gentille compagne’. Le ton était sec et quelque peu réprobateur, alors qu’elle reconnaissait elle-même que la vie nous avait séparés. Pourtant 1998 fut un excellent cru car je reçu de sa part quatre lettres. La précédente remontait au 5 Mars 1992. Un véritable record puisque je totalise seulement seize lettres sur la période allant du 20 juin 1960 au 25 Mai 2000 qui fut le terme de tout échange.
Malgré le prononcé du divorce qui avait mit Anne dans l’obligation de quitter le Drennec, je n’étais pas retourné en ces lieux maudits. Pourtant, il était nécessaire que je fasse un inventaire de la situation afin de vérifier si tous mes meubles que j’avais laissés à sa disposition durant plus d’un an et demi étaient tous là. De surcroît la communauté qui présentait un déficit de 150 000 francs restait entièrement à ma charge en raison de son insolvabilité. Sa renonciation à la liquidation de la communauté me laissait certes une dette conséquente, mais je conservais la pleine propriété du Drennec.

Retour au Drennec:

'Noël 1998 dans la salle à manger'

Le mois de Mai avait été marqué par toute une série de courriers qui étaient de nature à me redonner espoir. C’est dans ce contexte plus détendu que je fis la connaissance de Jocelyne. Par certains côtés, elle avait une petite ressemblance avec Petula Clark, cette célèbre chanteuse britannique qui connu un grand succès dans les années sixties. Elle interpréta notamment les chansons de Boris Vian et de Serge Gainsbourg, et fut également la compositrice de la célèbre chanson ‘Downtown’.Sa brillante carrière lui value d’être nommée en 1998 Commandeur de L’Empire Britannique. Jocelyne était divorcée avec deux enfants de l’âge du ‘Centurion Del Djem’.Sa fille cadette faisait des études en sciences économiques à la Faculté d’Aix en Provence. Cette coïncidence n’était pas sans évoquer de lointains souvenirs.
C’est elle qui m’incita à revenir au Drennec qui n’était plus occupée depuis le début du printemps. Je me souviens encore, quand on vint se garer sur l'esplanade de la maison. Il faisait un temps splendide, les contours de la maison avec ses volets fermés se découpaient étrangement sous un ciel d’acier. En possession des clefs on entrant dans ce lieu dont l’air était figé. Le garage était envahit de détritus qu’Anne avait entassés intentionnellement, des excréments de chats dégageaient une odeur nauséabonde, de même que le lit de notre ancienne chambre était imprégné d’une forte odeur d’urines. Je compris qu’Anne en rendant les clefs au notaire avait conservé la clef de la porte arrière accédant à la chaufferie ; ainsi à l’insu du voisinage elle y faisait entrer les chats, la mettant à l’abri des regards indiscrets. Je constatais également que ma bibliothèque Louis XVIII avait été détériorée à l’aide d’un tournevis qu’elle avait utilisé en guise de piolet afin de marteler les portes et les côtés. De même tous mes livres et photos de ma famille avaient disparus anéantissant plus de cinquante années de souvenirs. Elle avait également emmené des appareils comme la télévision et le frigidaire que j’avais en ma possession avant notre mariage. Le meuble chinois, servant à accueillir la télévision, avait été volontairement exposé au soleil ; ce qui avait eu pour conséquence de craqueler la laque. C’est un meuble auquel j’attachais une valeur affective car j’avais pus l’acheter, lors du décès de ma tante à un artisan chinois du Faubourg Saint Antoine à Paris. Au fur et à mesure que nous progressions dans notre visite, je me sentais défaillir face à de telles destructions malveillantes. J’étais entièrement désemparé, mais Jocelyne eu des propos rassurant:'Ce n’est rien me dit elle, tout cela ne sont que des dégâts apparents dont la plupart peuvent être gommés par un grand nettoyage'.
De fait dans les jours qui suivirent Jocelyne proposa de me venir en aide pour tout nettoyer. C’est ainsi que le garage fut remis en état ; la tapisserie du salon, souillée par les dessins de sa fille Jena, fut arrachée mettant les murs nus mais propres. Le matelas qui était imprégné d’urines dût cependant être jeté. Il ne restait plus qu’à changer la serrure de la buanderie, procéder à une révision de la chaudière qui n’avait plus été entretenue, enfin remettre en état la bibliothèque avec le concours d'un ébéniste dont la spécialité était de rénover les meubles anciens. De même je fis appel à une association intermédiaire pour remettre en état le jardin qui n’avait plus été tondu depuis Novembre 1996. La maison, par la ténacité de Jocelyne, était de nouveau en mesure d’être habitée. Un retour au Drennec était alors envisageable. C’est ce qui se fit en Août lors de notre retour de vacances.

Pèlerinage en terre Languedocienne :

En ce début d’été 1998 j’avais pour la première fois, depuis mon arrivée en Bretagne, une réelle possibilité de me rendre dans le midi pour y rencontrer mes enfants. Douze longues années s’étaient écoulées sans que je puisse les voir. De son côté Jocelyne était ravie de m’accompagner dans ce pèlerinage, qui lui permettait de se rendre dans la ville phocéenne pour y voir sa fille. Ainsi le vendredi 10 Juillet en début d’après midi on s’élançait sur la voie express pour se rendre à Aramon, petite commune du Gard, proche de Montpellier. Plus de 1300 kilomètres étaient à parcourir, pour revoir Myriam qui m’avait donné rendez vous le lendemain à quinze heures derrière l’église du village. Il faisait un temps splendide, et c’est dans une certaine euphorie que l’on fit halte à Bordeaux. Dès le lendemain matin on se retrouvait à nouveau sur l’autoroute de l’entre deux mers. Quelques sept cent kilomètres restaient encore à effectuer. Mais nous avions tout notre temps pour arriver à l’heure fixée. Pourtant dans les derniers kilomètres alors que nous avions quitté l’autoroute pour emprunter une petite route départementale, je ressentis subitement l'angoisse m’envahir. Etait ce dût au retard pris à la hauteur de Montpellier où la circulation s’était faîte plus dense, ou l’appréhension après tant d’années ? Arrivés en Aramon on pût trouver assez facilement notre lieu de rendez vous. Myriam était là à nous attendre seule ; elle nous expliqua qu’en raison de la chaleur, elle avait préféré laisser Vivien dormir chez elle. Je ne l’avais plus revue depuis 1983 date à laquelle elle était venue alors que j’étais encore à Poitiers avec Marie Mich. J’avais connue une adolescente, je me retrouvais en face d’une jeune femme qui avait une étrange ressemblance avec sa grand-mère paternelle : une certaine Geneviève Fouque épouse Khurshid résidant à Londres depuis la fin des années forties. On se rendit au centre bourg pour s’installer à une des terrasses de ces bars du midi pour nous y rafraîchir. Les retrouvailles se passèrent avec beaucoup d’émotion, malheureusement ces instants furent de courte durée et l’on dû repartir sans voir Vivien.
Olivier étant parti quelque part en Tchécoslovaquie il devait me recontacter vers le 14 Juillet pour se rencontrer à Montpellier. Il nous restait donc à séjourner deux ou trois jours dans la région pour l'attendre. C’est ainsi que je proposais à Jocelyne de nous rendre à Mèze au pays de ma grand-mère : Odile Bourdiol. En cette période de haute saison, je pus néanmoins trouver un hôtel du côté de Balaruc au bord de l’étang de Thau à quelques kilomètres de là où aussi ‘Louis Le Magnifique’ avait également exercé en 1976 la médecine pour fuir Tallard. Le Dimanche 12 Juillet, je voulus lui montrer ces fameuses joutes. Ces combats sur l’eau que se livrent les gars de la région et que ‘Mémé’ m’avait racontés tant de fois lorsque minot j’étais encore à la rue Thiers. Ce soir là, on se retrouva sur la plage de Mèze face à un écran géant où tous les estivants étaient rassemblés à regarder dans le plus grand recueillement un match de football. Je compris qu’il s’agissait de la finale de la coupe du monde France contre Brésil. On assista aux deux buts que Zinedine Zidane marqua en fin de match. Grace à notre ‘Zizou’, la France venait de gagner pour la première fois la coupe du monde. L’invincible Brésil était battu 3 à 0. Une véritable liesse s’empara de cette foule qui était venue assister à cette finale historique de la coupe du monde. Dans l'allégresse générale on acheva notre soirée dans un de ces restaurants du petit port, dont je conserve un souvenir inoubliable.
Le lendemain on décidait de se rendre à Marseille pour saluer la fille de Jocelyne qui venait de réussir ses examens de Maîtrise en Sciences Economiques. C’est ainsi qu’on alla diner le soir du quatorze Juillet dans un restaurant arménien du côté de La Plaine. Ce lieu de mon enfance où j’allais avec ‘Mémé’ faire le marché dans les années fifties. Ce furent des moments d’un véritable bonheur, la vie semblait subitement me sourire à nouveau.
Nous étions déjà le quinze Juillet et nous n’avions aucune nouvelle d’Olivier, il fallait songer à rejoindre la Bretagne car je devais reprendre le travail dès le 20 Juillet. C’est à contre cœur que l’on quitta Marseille dans le courant de l’après midi. Je voulu passer par les Alpes pour montrer à Jocelyne Tallard ce village de mon adolescence. A l’époque l’autoroute n’existait pas encore et on dû emprunter la route Napoléon, cette nationale tant de fois parcourue avec ‘Louis Le Magnifique’. Il était aux alentours de dix sept heures lorsque je garais la voiture sur la place du commandant Dumont. La fontaine du village avait était déplacée et n’occupait plus le centre de la place comme je l’avais jadis connue. Les principaux bars étaient plein de touristes, à tout hasard je m’adressais à l’un d’eux qui avait été tenu autrefois par Madame Cidroni que je connaissais bien. Les nouveaux propriétaires m’indiquèrent que la mère de Nicole habitait un petit pavillon derrière la nouvelle poste du village sur la route menant à GAP. Je trouvais la maison sans difficulté et je l'aperçu dans son petit jardin en train de tailler ses rosiers. Plus de trente trois ans s’étaient écoulés depuis la dernière fois que j’avais joué au baby foot, dans son bar des années 1965. On resta un long moment à évoquer les souvenirs d’un proche passé mais dont personne ne se souciait plus. On se quitta en se promettant de se revoir, et on reprit notre route. Après avoir dépassé Gap et franchi le col Bayard on fit halte à Corps sur la route qui mène à Grenoble par les côtes de Laffrey renommées par leurs brouillards des mois d’hiver. Il était plus de vingt et une heure lorsque mon téléphone portable sonna. C’était Olivier qui m’appelait pour me dire qu’il venait d’arriver à Montpellier. Il ne nous restait plus qu’à rebrousser chemin pour le rejoindre : près de 450 kilomètres étaient à effectuer.
Dès le lendemain on se retrouva à louvoyer au travers des vallées Alpines pour rejoindre la cité Montpelliéraine qui fut atteinte vers seize heures. C’était l’heure à laquelle on s’était donné rendez vous à la gare. Par malchance on dût affronter un immense embouteillage et c’est avec plus de deux heures de retard que je parvenais à accéder au hall de cette gare qui comportait deux entrées. Comment ferais-je pour reconnaître mon fils que je n’avais plus revu depuis l’été 1984 à Poitiers ? Durant plus d’une heure je faisais le va et vient entre les deux entrées qui ne se trouvaient pas au même niveau. De guerre lasse je faisais passer un appel par haut parleur pour signaler ma présence. Un long moment s’était déjà écoulé, et j’étais inquiet de rater ce rendez vous auquel je ne croyais plus. C’est alors, me trouvant immobile en plein milieu du hall inférieur, que je vis un jeune homme qui semblait également chercher quelqu’un. Le contact venait de s’établir, plus de quinze années s’étaient écoulées. On alla passer la soirée dans un restaurant qui faisait de la cuisine indienne. C’était une cuisine assez épicée, je me souviens, on prit des crevettes rissolées avec du riz biryani. Ce n’est que tardivement dans la nuit que l’on pût rejoindre notre hôtel près de la gare. Le lendemain ‘Le Centurion Del Djem’ nous rejoignit afin que je puisse le déposer à hauteur de Poitiers pour qu'il se rendre en région parisienne. Quant à nous c’est vers deux heures du matin que l’on franchissait l’ancien pont de L’Elorn pour entrer dans Brest.

Une visite Inattendue:




'Voici Le Centurion Del Djem au Conquet lors de sa visite à l'automne 1998'









Nous approchions du mois de septembre quand je reçu des nouvelles d’Olivier qui souhaitait venir passer quelques jours avec moi. C’était un évènement de pouvoir recevoir pour la première fois un de mes enfants depuis mon arrivée à Pen Ar Bed douze ans plus tôt. Je pris ainsi une semaine de congés qui me permit de lui faire visiter ce département du Finistère que je sillonnais de long en large dans le cadre de mes obligations professionnelles. Crozon, Huelgoat, Le Conquet furent notamment nos principales ballades avec l’incontournable pointe du Raz qui caractérise tant la Bretagne. Mais bien d’autres lieux furent également visités. C’est lors de ce bref séjour breton qu’il m’indiqua abandonner ses études d’infirmier pour se consacrer à une activité d’accrobranche. Je trouvais cela regrettable, car je pensais que cette idée correspondait plus à une activité ludique dont il aurait tôt fait de se détourner. Lui qui aimait tant les voyages, j’essayais de le persuader à achever ses études qui par la suite lui auraient permises d’entrer dans une organisation non gouvernementales : ces fameuses ONG. Titulaire de son diplôme, le métier d’infirmier lui aurait permis d’intégrer les équipes de Médecin sans Frontières. Ce fut peine perdu, ayant été absent durant de longues années, il m’était difficile de lui imposer quoique ce soit. De fait ‘ Le Centurion Del Djem’ s’aventurait dans un chemin difficile qu’il pourrait regretter quelques années plus tard. Pourtant il avait ce côté pragmatique et logique qui caractérise tant les natifs de son signe : celui de la Vierge. Il fallait donc que je me résigne à ce qu’il mène sa propre expérience.
Le soir nous retrouvions Jocelyne et il nous arrivait ainsi de bavarder tard dans la nuit. Le temps s’écoulait à une allure vertigineuse et je voyais les jours défiler, nous rapprochant de son départ vers Montpellier où il avait encore conservé son studio d’étudiant. Je vis partir mon fils avec regret, mais la vie continuait de tourner. Je prenais alors de plus en plus conscience que ma quête bretonne avait été inutile et vide de sens.

Trente ans Après:

'Le quatre-vingtième anniversaire de Déda en Novembre 1998 à Chatou'

Cela faisait déjà quelques semaines qu’Olivier était reparti à Montpellier, lorsque je reçu un message d’Irène la deuxième fille de Nathela. Près de trente ans s’étaient écoulés depuis que j’avais revu sa mère à Tallard. Que pouvait-il donc se passer ? Comment Irène avait-elle pût retrouver mes coordonnées professionnelles à Plabennec ? Le mystère ne fut jamais élucidé. Mais c’est en lui téléphonant qu’elle m’apprit que j’étais cordialement invité à l’anniversaire de ‘Déda’ qui allait fêter ses quatre-vingt ans.
Je saisissais cette opportunité pour contacter Marc afin qu’il puisse également assister à cette petite fête qui réunissait une grande partie du clan des géorgiens que je n’avais plus vu depuis les années 1962-63.Il y avait bien sûr les trois filles de Nathela : Ellico, Irène et Catherine. Son frère Rédic était également venu des états unis où il habitait depuis fort longtemps. Je revis également ses deux nièces : Ethéry la fille ainée d’Atia, elle-même la sœur ainée de Nathela; Ethéry qui fut danseuse étoile au début des années sixties accompagnée par sa soeur Christine qui avait sensiblement mon âge et celui d’Ellico. C’était étrange de revoir ces personnes qui avaient disparues de ma vue, pour certaines, depuis plus de quarante ans.
Près d’une trentaine de personnes se trouvaient ainsi rassemblées dans une salle louée à la mairie de Chatou. Lors du repas je me retrouvais entre mon frère et Anne-Marie son ex femme dont il venait tout juste de se séparer. Autour de la table on retrouva Ellico et Catherine rappelant ainsi le temps de Tallard où nous nous retrouvions tous dans la cuisine lors de nos repas durant les vacances. Chacun évoqua son parcours avec les inévitables séparations auxquelles certains d’entre nous avions pût être confrontés. Mais la plus grande surprise était la séparation de mon frère avec Anne-Marie. Lui aussi n’échappait pas à la malédiction du divorce. C’est à cette occasion qu’il me donna son accord pour que j’emmène à Brest l’urne qui contenait les cendres de ‘Louis Le Magnifique’.
On se quitta en fin d’après midi et je devais repasser par Evreux pour y déposer ma belle sœur et y prendre l’urne fatale qui n’allait plus me quitter. On reparti que le lendemain matin pour Brest en ayant à l’arrière de la voiture un passager clandestin.
La dernière Vague :
Le quatre-vingtième anniversaire de ‘Déda’ avait fait apparaître d’inévitables différences sociales entre Jocelyne et moi. Quelque chose avait subitement changé sans que je m’en aperçoive vraiment. Les fêtes de Noël passées, elle décida de mettre un terme à notre relation .En fait Jocelyne se sentait mal à l’aise par rapport au milieu social auquel j’appartenais, en outre en tant que citadine elle préférait retourner vivre à Brest. Je me retrouvais, de fait, à nouveau seul dans cette grande maison isolée. Dans les mois qui suivirent je fis la connaissance d’une certaine Francine qui était infirmière dans un établissement pour personnes âgées se trouvant du côté de Guilers. La maison manifestement ne lui plaisait pas, néanmoins elle me proposa de m’aider pour la remettre en état afin que je puisse la vendre plus facilement. Les travaux s’échelonnèrent en pointillé sur plus d’un an et demi. Ainsi lors des weeks end où Francine était de garde à l’hôpital, je me rendais au Drennec pour remettre en état les volets qui n’avaient jamais été repeints depuis la construction. De même je me lançais dans la réfection de la façade qui avait été abimée en plusieurs endroits par des lierres que les propriétaires précédents avaient laissés pousser de partout s’infiltrant sous les ardoises de la toiture. C’était un travail long et fastidieux, le plus simple eut été de changer les volets, mais n’ayant pas les moyens de le faire j’entrepris ce long travail de fourmi. L’opération fut payante puisque je revendis la maison un tiers plus cher de ce que je l’avais acquise quatre ans auparavant. Cette opération permit également d’amortir une grande partie des pertes qu’avait occasionnées Anne en un temps record. Mais cela démontrait également qu’un travail manuel permettait de gagner plus qu’en un an de travail à temps complet. Les travaux achevés à la Toussaint 2000, je mis en vente la maison qui trouva acquéreur un mois plus tard. A l’orée 2001 je me trouvais de nouveau à Brest chez Francine que je quittais définitivement, quelques temps plus tard, pour retourner habiter à l’Hôtel Center

mardi 26 mai 2009

Pen Ar Bed : Dans les Déferlantes du Drennec






'En ce 24 Mai 1994, voici Anne en train d'apposer sa signature sur les registres de l'état civil de la ville de Brest. Sans le savoir je venais d'emprunter une nouvelle fois les chemins de l'enfer'
L’automne était déjà bien avancé lorsque je me retrouvais à nouveau confronté à la solitude en prenant possession d’un petit deux pièces de la rue Max Fauchon. Il se situait dans une nouvelle résidence du quartier de Brest Kérinou. Le lieu était calme et je pouvais rejoindre facilement mon lieu de travail sans être confronté aux embouteillages du matin ou du soir car je me déplaçais en sens inverse des flux de circulation. Plusieurs semaines se passèrent ainsi à faire la navette entre mon appartement et la Fédération où je venais d’introduire la lecture optique des données, ce changement technologique n’était pas sans générer une forte réactivité de la part du personnel. De fait, cette extrême tension professionnelle relativisait quelque peu ces moments de solitude.

Un péché d’Orgueil :

Ce n’est que dans le courant de l’hiver 1993 que je fis connaissance d’Anne. Elle avait près de treize ans de moins que moi, et cela me flattait que je puisse intéresser une jeune femme si séduisante. Souvent j’allais la chercher le soir après vingt heures pour que nous passions la soirée ensemble. Plusieurs semaines se passèrent à échanger seulement sur nos vies passées, nous évoquions les problèmes auxquels nous avions été confrontés dans les difficiles chemins de la vie. C’est ainsi qu’elle m’apprit qu’elle avait un fils du nom de Jordan qui était âgé d’une douzaine d’années. Un soir alors que nous avions peut être bu un verre de trop, nous franchissions le pas qui fit basculer notre relation dans une autre dimension. Je la ramenais à son domicile que le lendemain matin, alors que son fils se trouvait seul dans son appartement. Je lui en faisais la remarque, mais elle me répondit qu’il avait déjà douze ans et qu’il pouvait se prendre en charge.
Le lendemain soir alors qu’on se retrouvait à nouveau à mon domicile, elle semblait gênée par quelque chose qu’elle voulait me confier. J’étais un peu surpris par tous ces mystères. Après un long moment de questionnement, elle finissait par m’avouer qu’elle avait également un autre enfant : une petite fille âgée de dix huit mois répondant du prénom de Jena. Elle m’expliqua qu’après son divorce, elle avait rencontré un certain ‘JPLG’ lequel avait eu d’un premier mariage deux filles qui avaient plus de dix huit ans. J’en déduisais que son amant devait avoir approximativement mon âge. Très rapidement cet homme lui avait demandé de venir vivre avec elle dans son pavillon qui se trouvait à Gouesnou. C’est ainsi qu’elle tomba enceinte de la petite Jena. Dès lors, selon ses dires, son amant l’aurait convié à quitter son domicile où elle résidait avec lui depuis un ou deux ans. Enceinte et sans travail, la DASD l’aurait hébergée dans un centre spécialisé se trouvant à Recouvrance. Une telle révélation me laissa perplexe. Ce qui me choquait le plus, c’était de m’avoir caché qu’elle était mère d’un deuxième enfant ; mais surtout le fait qu’elle puisse laisser ses deux enfants dans son petit appartement seuls la nuit. Je ne comprenais pas qu’elle puisse prendre un tel risque. J’aurais dû alors mettre fin à la relation qui s’annonçait sous des augures délicates. Mais sa jeunesse et son ’lock’ firent que je renonçais à mettre un terme à cette relation.
Dans Recouvrance :

Très rapidement Anne prit l’habitude de venir passer le week end à mon domicile de la rue Max Fauchon avec ses deux enfants ; dès lors, elle souhaita rapidement que je prenne une location qui permettrait de nous loger tous les quatre. Dans son esprit elle m’apportait une famille disait elle toujours. Certes, mais j’assumais surtout la charge pleine et entière de sa fille pour laquelle, elle ne percevait aucune pension. Quant à son fils je contribuais pour une large part à son éducation car son père, qui se trouvait au chômage, avait obtenu une réduction importante de la pension à laquelle il avait été condamné. Mais si j’assumais toutes ces charges, je ne pouvais le faire valoir auprès de l’administration fiscale qui me considérait comme étant célibataire. De ce fait ne pouvant me prévaloir de trois parts fiscales dans le cadre d’une famille légalement constituée, j’étais entièrement asphyxié par l’impôt direct : la fameuse IRPP.
Pour répondre aux souhaits d’Anne, nos recherches s’orientèrent dans ce quartier de Recouvrance auquel elle semblait particulièrement attachée. De fait on trouva assez facilement un cinq pièces rue Alexis Le Moigne non loin du foyer où elle avait été hébergée par la DASD. L’appartement était assez spacieux et le séjour avait une vue donnant sur la rade. Les tapisseries de l’appartement étant assez anciennes, elle souhaita que la chambre de Jena soit refaite et que la moquette soit changée. Difficile de refuser d’autant que la petite était mignonne et qu’elle était atteinte d’un eczéma gravissime lui rongeant la peau sur une grande partie de son corps. Elle voulait apporter à cet enfant ce qu’elle n’avait peut être pas eu lorsqu’elle-même était enfant. Je ne le su jamais.
Début Avril on donna chacun congé à nos propriétaires respectifs, pour emménager à Recouvrance. Une nouvelle période venait de débuter alors que mon divorce avec Jeannine venait à peine de commencer. En venant habiter dans ce quartier, je m’éloignais de façon conséquente de mon lieu de travail, en outre étant à proximité d’une porte d’accès de la Direction de la Construction Navale : la DCN, j’étais fréquemment confronté à des embouteillages crées par les ouvriers entrant dans le port militaire. De surcroit Jordan ne pouvait changer de lycée durant la période scolaire, cette situation fit que je devais également amener son fils à l’école. Ainsi j’avais un circuit d’une heure et demi pour finalement rejoindre mon travail vers 9 Heures. J’avais l’impression subitement d’avoir retrouvé les contraintes de la région parisienne auxquelles j’avais été confronté onze ans plutôt.
Le soir il m’arrivait fréquemment, après avoir rapidement diné, devoir repartir pour me rendre à des réunions auxquelles je devais me rendre pour expliquer aux responsables des associations les dispositions que la Fédération était amenée à prendre au regard de la législation qui évoluait sans cesse. Anne prenait mal la chose s’imaginant je ne sais quoi pour me faire la tête. Il est vrai que ce n’était pas agréable, mais cela faisait partie de mes obligations professionnelles qui prenaient une part importante sur la vie privé.
Pérégrinations au Stang-Alar :

La vie était organisée autour de sa fille Jena pour laquelle Anne exprimait un amour narcissique qui contribua à rendre notre relation difficile et complexe. Tout était interprété selon ses humeurs et de son ressenti qu’elle éprouvait pour cette enfant qui était surprotégée en raison de cette érythème qui lui rongeait la peau. Au début de notre relation je suggérais que le dimanche nous allions à la plage du côté du Coquet où il y avait quelques belles plages de sable fin. Dans mon esprit l’air du bord de mer était de nature à tonifier cette enfant qui ne sortait jamais. Le soleil pouvait ainsi lutter efficacement contre une éventuelle agression d’acariens dont Jena aurait pût être l’objet ; par ailleurs l’eau de mer était de nature à lutter efficacement contre la sécheresse de sa peau qui favorisait les lésions eczémateuses. Malgré toutes ces explications qui relevaient du seul bon sens, rien n’y fit. On dû rapidement renoncer à aller à la plage. C’est le vallon du Stang-Alar en bordure de ville qui fut notre lieu privilégié pour nos promenades dominicales.
En fait je constatais, au gré des semaines qui s’écoulaient, que l’eczéma de la petite s’améliorait. Cette évolution me fit penser que son allergie pouvait avoir également une dimension psychologique. L’absence du père ? Ou l’état d’extrême anxiété dans lequel avait évolué Anne dès son séjour en centre d’accueil à la DASD ? Toutes ces questions qui méritaient d’être approfondies furent chaque fois évacuées par Anne qui refusait toute autre explication que la sienne laquelle était infaillible. Anne reconnu cependant, que la rémission de l’eczéma pouvait être liée pour partie à ma présence.

Une reconnaissance de Paternité :

Ce fut pour Anne une démarche douloureuse, en effet elle dût recourir à une action devant le tribunal de grande instance de Brest afin que ‘JPLG’ soit reconnu comme le père légitime. Pour ce faire il fallait qu’il y ait au préalable une analyse de sang de la mère et du père présumé donnant lieu à expertise judiciaire. Les résultats révélèrent que ‘JPLG’ pouvait être le père avec une probabilité à 98%. Le jugement qui s’en suivit le condamna au versement d’une pension qui s’élevait à l’époque à 2000 Francs par mois. La procédure aurait pût s’en arrêter là. ‘JPLG’ fit appel et la cour de Rennes réduisit le montant de la pension de moitié sur la base des motifs qu’Anne n’était plus seule. La justice en quelque sorte considérait qu’il était de mon devoir de contribuer également à l’éducation de l’enfant. Curieuse conception de la filiation.
Leurré par le Mariage :

Le jugement en divorce avec Jeannine fut prononcé le Lundi 21 Mars 1994. Dès lors Anne voulut que l’on se marie. L’argument majeur était que sa fille Jena pouvait enfin avoir une véritable famille, et que de ce fait je pouvais plus facilement l’adopter. Dans les semaines qui suivirent le prononcé du divorce, je reçu l’argent relatif à la liquidation de la communauté. Cela concernait la part me revenant sur le pavillon que Jeannine et moi avions acquit deux ans auparavant au 11 rue Charles Péguy, et dont elle s’était portée elle-même acquéreur. C’est en réceptionnant notre courrier qu’elle prit connaissance du chèque que le notaire, chargé de liquider la communauté, m’avait adressé. Je fus surpris qu’elle se soit autorisée à ouvrir un courrier qui me concernait directement. Dans son esprit cela lui paraissait normal qu’elle agisse de la sorte puisque nous allions bientôt nous marier. De fait le mariage fut célébré le Vendredi 20 mai 1994 à quinze heures quarante cinq en présence de ses deux enfants lesquels furent assistés par des employés municipaux pour assumer le rôle de témoins. Anne, elle non plus n’avait pas jugé utile d’aviser sa famille pour assister à la cérémonie civile. Mais pour marquer l’évènement sans m’en faire part, elle avait commandité un photographe pour réaliser un album dont les clichés furent pris au Stang-Alar avec Jordan et Jena. Dans les jours qui suivirent, c’est elle-même qui prit contact avec les agences immobilières pour rechercher à acquérir un pavillon. Ses préférences se portèrent sur Le Drennec petite commune qui se situe au Nord ouest de Plabennec où se trouvait mon lieu de travail. Son argument fut de dire que je pouvais ainsi venir prendre mes repas le midi puisque le bourg ne se trouvait qu’à cinq kilomètres de mon bureau. L’argument était astucieux et en apparence pertinent.
Dans l’enfer des Déferlantes :

Le pavillon se trouvait à la sortie du bourg en direction de Plabennec au sein d’un petit lotissement en retrait de la route nationale. La maison était édifiée sur un terrain de huit cent mètres carrés en bordure d’un immense champ de maïs dont nous étions séparés par une butte en terre ; laquelle était ornementée par trois magnifiques marronniers. De ce fait cette situation nous exposait, lors des épandages, aux odeurs nauséabondes du lisier. De même à l’époque des moissons lorsque d’immenses moissonneuses venaient pour la récolte. Souvent cela s’effectuait la nuit, nous exposant de fait à un vacarme nocturne avec des lumières intenses dues aux immenses projeteurs venant éclairer le champ. Mais n’étant pas originaire de la région, je ne pouvais imaginer une telle contrainte. Certes le spectacle était impressionnant à voir, mais cela n’avait rien d’agréable de se faire réveiller en pleine nuit par ces machines gigantesques.
En dehors de cet aspect contraignant, la maison de style néo breton était assez agréable à vivre. Les propriétaires précédents avaient, quelques années auparavant, procédé à une extension en ‘L’ . Ceci permettait de bénéficier d’un séjour qui faisait plus de soixante dix mètres carrés avec une magnifique cheminée à insert qui était dotée d’un système de récupération à chaleur. A l’étage celui-ci était doté de quatre chambres avec un coin douche ; ceci aurait permis de recevoir sans difficultés mes trois enfants. Mais pour Anne il n’en était pas question, cette maison était son domaine exclusif permettant d’y accueillir seulement ses enfants. Ce dictat fut difficilement admissible d’autant que cette maison avait été acquise sur mes biens propres et qu’elle ne participait en rien au crédit important que j’avais dû contracter. De surcroit le bien entrait dans le champ de la communauté car Anne s’était vivement opposée à une séparation des biens ; comme pourtant, il est d’usage d’y recourir en pareille circonstance.
A la rentrée scolaire 1994-95, bien qu’Anne ne travaillait pas, elle voulu placer Jena à la maternelle. Ayant tout juste trois ans, elle fut acceptée au Drennec alors qu’elle portait encore des couches. Je ne comprenais pas pourquoi elle voulait se libérer ainsi de sa fille alors qu’elle restait à la maison. Ceci resta toujours un mystère difficilement compréhensible d’autant qu’elle se disait très attachée à l’enfant. A la rentrée de septembre 1995, elle exigea que Jena soit inscrite à l’école privée de Saint Anne située à Plabennec. Le Drennec lui semblait subitement indigne pour sa fille :'L’école du diable' comme sont dénommées les écoles publiques en Bretagne. Cette nouvelle exigence vint accroître d’autant, les charges de notre budget.
Le soir quand je rentrais de mon travail vers dix neuf heures, je devais fréquemment aller chercher Jena qu’elle laissait à la garderie de l’école qui était à proximité de mon travail. Je ne comprenais pas pourquoi elle laissait sa fille en garderie le soir alors que je lui avais laissé ma Ford Fiesta lorsque je dus changer de véhicule pour mes déplacements professionnels. En entrant à la maison il m’incombait également de lui faire prendre son bain et de la mettre en pyjama avant son repas du soir ; lequel était exclusivement constitué de petits pots qu’elle réchauffait au bain marie. C’est à une de ces occasions que je me rendus compte que la petite Jena avait des éraflures sur les grandes lèvres de sa petite ‘Zigounette’. J’en avisais Anne pour lui demander son avis. Ce fut alors un moment d’une intense hystérie que je ne parvins pas à maitriser.
On dû se rendre immédiatement chez un généraliste lequel diagnostiqua des ecchymoses. Dès le lendemain, elle voulu que je l’accompagne à l’école Saint Anne pour demander audience au Directeur. Elle accusa le personnel de s’être livré à des violences à l’encontre de sa fille. Les résultats ne se firent pas attendre. Dans les jours qui suivirent, un signalement fut déposé par la Direction de l’école auprès de la DASD.
Anne dût se rendre à Lesneven pour rendre compte à deux assistantes sociales qui l’accusèrent, selon ses propos, de s’être livrée elle-même à des violences sur sa fille. La situation prenait une dimension de plus en plus dramatique. Dans la semaine qui suivit alors que je me trouvais à suivre un stage de perfectionnement informatique à Brest, elle vint me chercher à midi. Je devais la suivre sur le champ jusqu’au Drennec. Arrivés chacun à la maison avec son véhicule, elle m’avisait que nous devions rejoindre la gendarmerie de Plabennec dès quatorze heures. Nous devions nous rendre, accompagnés des gendarmes, au CHU MORVAN à Brest pour comparaître devant le médecin légiste. J’étais parait-il avec son fil Jordan suspectés de nous être livrés à des attouchements sexuels sur sa fille Jena. C’était hallucinant.
Je fus dans l’obligation de suivre la voiture de gendarmerie jusqu’à l’hôpital. J’étais considéré comme un véritable pestiféré. Un certain Bassino Médecin légiste convia Anne de la suivre avec sa fille. Jordan et moi étions consignés à attendre la fin de l’examen en compagnie des forces de l'ordre, lesquelles me lançaient des regards méprisants. Plus d’une heure s’était écoulée lorsque le médecin légiste vint s’adresser à voix basse à nos deux anges gardiens. Au terme de l’entretien, ces derniers avaient radicalement changé d’attitude. Le ton était devenu avenant et ils se confondirent en excuses. Bassino avait levé tout soupçon de violences sexuelles. Les marques n’étaient pas des ecchymoses comme l’avait diagnostiqué le généraliste mais un regain d’eczéma qui, avec la macération due à la chaleur, avait entrainé ces trainées que j’avais remarquées quelques semaines auparavant. Néanmoins, et selon la législation, je dus me rendre à la gendarmerie pour faire une déposition levant toute ambigüité sur les accusations qui avaient pesées à mon encontre. Mais quel était donc la personne qui avait pût semer un tel doute ?
Dans les mois qui suivirent je dus subir une importante intervention chirurgicale. Souffrant de douleurs à l’intestin, il se révéla que j’étais atteint d’une diverticulose sigmoïdaire nécessitant l’ablation de plus de vingt centimètres du gros intestin. L’opération nécessita une semaine de soins intensifs sous morphine. Là encore, elle considéra que mes douleurs n’étaient que de la comédie et je dus me rendre en clinique par mes propres moyens, m’obligeant à conduire alors que ma température dépassait les 40 de fièvre. De retour de clinique, j’étais assujetti à un régime draconien qu’elle ignora complètement.
La situation se dégradait de plus en plus, souvent elle prenait ‘sa voiture’ et partait de nombreuses heures sans me dire quoique ce soit. C’est ainsi que je découvris par hasard, au gré d’un passage du facteur, qu’elle recevait des courriers de relances d’organismes de crédit revolving réclamant des échéances qu’elle n’honorait plus. Je pris contact avec ces organismes, lesquels m’avisèrent qu’elle avait contracté trois crédits revolving. Je constatais avec stupéfaction qu’elle avait imité ma signature sur les dossiers de demande et qu’elle déclarait pour son compte des salaires fictifs. Ainsi, à mon insu, plus de cent mille francs furent engloutis en moins de dix huit mois en achats pour elle et ses enfants. Il était temps de mettre un terme à une telle situation. Laquelle pouvait aboutir à une interdiction bancaire qui aurait été de nature à me faire perdre mon emploi en tant que Directeur ayant délégation de signature sur l’ensemble des comptes de la Fédération.
Une fuite Salutaire :

L’automne 1996 avançait à grand pas, en raison des récents évènements, j’avais pris la décision de reprendre discrètement le contrôle des comptes que j’avais confié à Anne. Souvent je me heurtais à des arguments fallacieux qui n’avaient d’autres buts que de me soustraire les relevés de bancaire. Elle pensait ainsi que je ne pourrai mesurer la situation déficitaire du compte joint sur lequel je faisais verser mon salaire, mes frais professionnels ainsi que les loyers de mon appartement que je possédais à l’époque à Noisy Le Grand. Je sollicitais en urgence l’agence du Crédit Mutuel de Bretagne de Plabennec pour qu’elle me délivre les relevés des six derniers mois qui avaient subitement disparus. Le soir alors que le personnel avait quitté la Fédération j’entrepris un long et fastidieux pointage des dépenses. C’est ainsi que je réalisais que pour certains mois, ses dépenses en produits cosmétiques atteignaient plus de 6000 francs. Ainsi en quelques mois, elle avait généré un découvert qui dépassait soixante mille francs. Devant cette nouvelle hémorragie financière venant se rajouter aux crédits revolving, je rencontrais le Directeur de l’Agence. Il connaissait bien ma rigueur financière qui avait permise de constituer un important portefeuille de sicav pour optimiser les fonds fédéraux. Il fut convenu de la convoquer afin qu’elle justifie de telles dépenses. Devant la tournure que prirent les évènements, elle concéda avoir ‘quelque peu dérapé’, mais dorénavant les choses allaient entrer en ordre confia elle au banquier. C’est sur ces bases que Monsieur Hellec m’accorda un prêt sur trois ans pour résorber le déficit. Deux mois plus tard le découvert dépassait à nouveau la somme de trente mille francs. Dans ces conditions je sollicitais le CMB afin que le compte joint soit définitivement clôturé. Je lui remettais alors ma carte Bleu et elle fut conviée à rendre la sienne ainsi que la restitution des chéquiers qu’elle avait en sa possession. De mon côté je pus récupérer discrètement deux carnets de chèques qu’elle avait rangés dans un des tiroirs de la cuisine. Seule une demande en divorce pouvait mettre un terme face à de tels agissements qui relevaient d’une profonde malhonnêteté.
Avant d’affronter cette nouvelle épreuve je partis, pour les fêtes de Noël, passer quelques jours chez mon frère qui était encore à l’époque le responsable du service d’Hémodialyse à l’hôpital d’Evreux. Au retour je fis une halte à Poitiers pour aller saluer Marie Mich avec laquelle j’avais vécu cette étrange épopée Poitevine qui s’était achevée dans la détresse de l’insondable Kan que j’ai longuement évoquée à l’article 42.
Je rejoignis Brest le mardi 31 décembre 1996 pour constituer avocat et signer l’acte par lequel je l’habilitais à assigner Anne en divorce devant le tribunal de grande instance. Parallèlement je décidais de porter plainte à son encontre pour faux et usage de faux en écritures. L’une des sociétés de revolving : ‘La COFIDIS’ auprès de laquelle elle devait près de 40 000 francs renonça dans les mois qui suivirent à recouvrer sa créance. Seule 'la FINAREF' poursuivit son action en recouvrement.

lundi 25 mai 2009

Pen Ar Bed : Dans le Sérail de L'Ennui


'C'est la seule photo dont je dispose de Janine. La voici lors de la fête des quadragénaires de Plouzévédé réunis un samedi soirà Pont Ar Barrès'
Nos vacances Cathare n’avaient pas été ce que j’avais souhaité. Ainsi tout au long du périple, j’avais ressenti une certaine lourdeur s’instaurer. Quelque chose changeait, le message que j’avais voulu transmettre n’avait pas été perçu comme je l’avais imaginé. Pourtant en ce début d’automne, marquant la reprise générale de l’activité, mes allées venues entre Brest et Poitiers reprirent leur rythme habituel. Il en fut ainsi jusqu’aux fêtes de fin d’année que je passais avec Marie Mich à Saint Benoît. Malgré mes retours réguliers en Poitou, je ressentais à nouveau un mal être qui allait crescendo. Il devenait nécessaire que je me fasse aider psychologiquement afin de me sortir du dilemme moral dans lequel j’étais plongé. En effet, Jacqueline revenait périodiquement me rendre visite dans mon petit appartement de la rue Jean Gosset. Le dualisme sévissait à nouveau, apportant chaque fois ses effets destructeurs.

Une démarche salvatrice :

Par conviction, j’avais toujours considéré les psychothérapies suspectes. Ou du moins j’avais repris à mon compte ce que pensait ‘Louis le Magnifique’ de la psychiatrie. Une science de l’âme qui restait incertaine et balbutiante. Pourtant, je ressentais confusément un besoin impérieux de consulter pour y recevoir des conseils afin de surmonter le mal qui me rongeait depuis de nombreuses années déjà. Je finissais par prendre contact avec l’hôpital Morvan qui me mit en relation avec le Professeur Kreiss. C’est ainsi que dans le courant de novembre 1987 je débutais mes premiers entretiens psychologiques. Pour que la démarche reste discrète Kreiss me recevait à ses consultations qu’il donnait, le mercredi matin, à la résidence DELCOURT-PONCHELET située dans la rue Jules Guesde à proximité de la rue Saint Marc. Je lui décrivais ‘The Glamorous Fifties’ qui m’avaient tant fait souffrir durant toute ma jeunesse et dont les séquelles restaient encore vives. L’isolement dans lequel je me trouvais dans cette terre bretonne que je vivais comme un exil. Une douleur morale qui était devenue insupportable. A chacune de ces séances, bien que j’en tirais un certain bien être, j’avais l’impression de me redire sans vraiment avancer sur ce mal qui me rongeait.
Plusieurs mois s’étaient écoulés sans que j’aborde la dualité dans laquelle je me débattais. Pour une raison qui m’échappe encore aujourd’hui, lors d’une séance qui se tenait en Janvier ou février 1988, je finissais par aborder mes allées et venues entre Brest-Poitiers pour aller voir Marie Mich ainsi que les visites en pointillé que me rendait Jacqueline. Le simple fait d’aborder ce sujet qui me hantait depuis plus d’un an, déclencha une sorte de flash. Cela m’apparut comme une évidente réalité : 'Pour mettre fin au dilemme, je devais rompre ces deux relations qui menaient nulle part'. Je venais de franchir un pas de géant qui me permis de mettre un terme définitif à une situation qui m’anéantissait chaque jour davantage.
La Rencontre :

Les entretiens psychologiques avec le Professeur Kreiss avaient soudain révélé une évidence que je me refusais à voir. Quelque part cette relation duale, qui imbriquait étroitement Marie Mich et Jacqueline, permettait de réaliser un équilibre susceptible de combler les vides de rejets anciens et qu’une seule personne ne pouvait satisfaire. La souffrance m’avait empêchée de faire un choix. Souvent Marie Mich ne disait-elle pas : une relation affective n’a pas pour objectif de combler des manques antérieurs. C’est dans cette nouvelle perspective que j’entrepris avec le concours du Pub Hebdo de redonner du sens à la vie.
Jeannine était divorcée depuis quelques années déjà. Elle occupait un poste d’attachée de direction au CHU-CHR Morvan au service des adjudications. C’est elle qui assurait l’instruction administrative des appels d’offres sous la responsabilité d’un ingénieur qui présentait les dossiers susceptibles d’être retenus par le conseil d’administration de l’hôpital. Sa fonction me paraissait austère et rébarbative. Elle avait obtenue ce poste lors de son stage qu’elle avait effectué dans le cadre du cursus d’un BTS passé quelques années auparavant. Par ailleurs le fait de travailler à ‘Morvan’, lui permettait de s’y rendre à pied. Jeannine n’avait, de ce fait, jamais été confrontée aux difficultés pour rechercher un emploi, ni aux contraintes de transport pour travailler. Par certains côté elle avait un mode de vie très réglé qui ne comportait aucune originalité de vie. C’est ce côté quelque peu ‘Kantien’ qui fut le fait générateur de l’ennui auquel j’allais bientôt être confronté.
Pourtant par son côté sérieux d’une part, et ne souhaitant plus avoir d’enfant d’autre part, firent que rien ne s’opposait à construire une relation nouvelle sur des bases solides, du moins c’est ce que je souhaitais. Le processus ‘Des Dynasties de Louis Le Magnifique’ exerça indiscutablement une influence profonde à vouloir valider une relation par l’institution du mariage. Une vie de couple pouvait être possible, mais la culture dans laquelle j’avais évoluée ne me permettait pas d’envisager une telle hypothèse .Au demeurant en surfant avec google sur le site du Ministère de la Justice, il est clairement stipulé:
’Le mariage est un acte public, juridique et solennel par lequel un homme et une femme s’engagent l’un envers l’autre dans la durée, devant et envers la société, pour fonder ensemble un foyer. En se mariant, les époux font ensemble une double démarche. Ils acceptent et reconnaissent l’institution du mariage et la loi commune qui la régit, mais en retour, ils demandent à la société de reconnaître l’existence et la valeur de leur engagement mutuel et de leur assurer la protection de la loi. Le mariage civil, qui n’est pas une simple formalité administrative, ne commence et ne s’achève pas le jour de la cérémonie.’.
C’est ce côté solennel et de reconnaissance par la société civile qui guida mon choix de l’époque.

Noces D’Automne :

Ce furent des noces discrètes qui se déroulèrent le Vendredi 23 Septembre 1988 à l’Hôtel de ville de Brest. Jeannine avait retenu cette date pour éviter que sa mère y assiste. En effet elle était partie en voyage d’agrément, avec le club du troisième âge de Berven, lequel avait été programmé depuis de longue date. Elle adopta d’ailleurs la même ligne de conduite vis-à-vis de ses anciennes camarades de collège qui ne prirent connaissance de son remariage que plusieurs mois après. Cette situation n’alla pas sans poser quelques problèmes pour obtenir deux témoins comme l’exige la loi en pareille circonstance. Ce sont deux employés municipaux qui furent désignés par les services de l’état civil. Dans cette même logique, alors que la convention collective des hôpitaux lui accordait quatre jours de congés, dès le 26 Septembre Jeanine reprenait son travail. Par ailleurs elle s’opposa à se faire appeler par son nouveau nom marital. Cet ensemble de faits me paru suspect, je finissais par croire qu’elle avait quelque part honte de la décision que nous avions prises pourtant d’un commun accord. Cela ne laissait inaugurer rien de bon pour l’avenir.

L’Immuable Etiquette du Haut Léon :

Peu de temps après que nous ayons fait connaissance, Jeannine voulu me présenter à sa mère, la démarche me paraissait normale et naturelle. Mais très rapidement cela devint une habitude à laquelle au début je ne prêtais pas attention. Les semaines puis les mois s’écoulèrent selon un protocole immuable. Dès le samedi matin il fallait prendre notre repas de midi dès onze heures trente, afin de pouvoir rejoindre Berven à treize heures. Ma belle mère que nous dénommions ‘Mamie’ nous attendait pour prendre le café avant d’aller à Landivisiau où nous devions impérativement faire nos courses. Au préalable nous devions nous rendre dans la rue principale du bourg pour y faire du lèche vitrine. Nous rejoignions ensuite le supermarché où ‘Mamie’ prenait son chariot et nous le nôtre. Les courses achevées, nous retournions à Berven pour y prendre le rituel goûter du quatre heures. J’avais alors quartier libre jusqu’à dix huit heures trente, heure du souper. Entre temps Jeannine et sa mère se rendaient au rez de chaussée de la maison où se trouvait le garage et la buanderie. Ce temps, elles le consacraient à faire tourner une machine pour laver le linge que nous avions utilisé dans la semaine. De fait Jeannine n’avait jamais eu de sa vie une machine à laver le linge chez elle. C’était sa mère qui le lui lavait depuis son premier mariage avec un certain Maurice qui appartenait à la Police Judiciaire : la fameuse PJ. Venait alors le repas du soir qu’il fallait impérativement terminer à dix neuf heure afin de faire la vaisselle et que tout soit rangé pour l’émission télévisée de variété de vingt heures tente sur la ‘Une’. Lors des repas quand Jeannine avait la garde de son fils Philippe, une fois tous les quinze jours, c’étaient d’inévitables affrontements entre ‘La Mamie, le petit fils et la mère’. Immanquablement la discussion s’achevait par la sentence :’Philippe tu es déshérité disait la grand-mère en gémissant !’. Parfois j’intervenais pour tenter de mettre fin à ces querelles enfantines et mesquines. Mais rien n’y faisait. Le Dimanche subissait la même rigueur dans son déroulement. Fatigué par les semaines harassantes que m’imposait mes fonctions à la ‘Fédé’, il m’arrivait fréquemment de faire la grasse matinée jusqu’à dix ou onze heures. Etrangement aucune remarque ne m’était faîte. Au contraire bien souvent ‘Mamie’ me taquinait gentiment. Mon ancienne belle mère n’avait pas de grandes aptitudes en matière culinaire, mais elle faisait figure de ‘fin cordon bleu’ au regard de sa fille. De fait les repas de week end en week end se succédaient avec une étonnante monotonie. Je n’y attachais pas grande importance, et souvent nous arrivions à échanger de façon constructive et positive. Manifestement il y eu des moments de joies simples qui furent des instants de véritable bonheur, même si quelque part l’ennui commençait insidieusement à s’installer.
Le repas achevé, Jeannine allait chercher le linge qui avait été étendu dans le jardin pour qu’il puisse être repassé avant notre retour à Brest. C’est elle qui assurait ces longues séances domestiques qui s’achevaient souvent en milieu d’après midi. C’était alors les préparatifs du retour. Le bidon de soupe préparé par Mamie qui devait faire la semaine, quelques légumes de saison que sa mère cultivait dans son coin potager . Puis le gouter qui marquait notre départ. Dès dix huit heures nous avions rejoint Brest, nous étions prêt pour aborder une nouvelle semaine qui ressemblait chaque fois plus à celle qui venait de s’écouler.
La Controverse de Plouzévédé :

La mère de Jeannine était une femme intelligente et courageuse. Bien que de culture différente, j’avais du respect pour cette femme qui avait élevé sa fille pratiquement seule. Son mari avait été Quartier Maître dans la Royale, ainsi durant de nombreuses années il fut affecté dans les territoires d’outre mer et plus particulièrement à Tahiti ne lui permettant de rejoindre que rarement la Bretagne. Il était originaire de Tréflaouenan une commune du haut Léon proche de Berven-Plouzévédé. Elle l’accompagna au début de sa carrière au Sénégal car Jeannine n’était pas encore née. Toutes deux me montrèrent à plusieurs reprises cette petite commune dont les racines sont constituées par le vocable ‘treb’ qui signifie village auquel on y associe ‘Saint Laouénan’ un disciple de Saint Pol Aurélien. Les aléas de la vie voulurent qu’elle se retrouve, rapidement, veuve. Son mari étant subitement décédé à l’âge de soixante ans d’une rupture d’anévrisme la condamnant à vivre une longue retraite de solitude.
‘Mamie’ fut une belle mère qui rechercha à plusieurs reprises à conforter notre couple. En raison de nos passés respectifs, elle comprenait qu’il n’était pas aisé de reconstruire une vie nouvelle dans de telles conditions. Jeannine qui aimait bien dépenser son argent dans les ‘fringues’ avait la fâcheuse manie de s’habiller de façon trop classique, alors que jusqu’à présent j’avais pris goût à ‘Infinitif ou Chackok’. Mais Jeannine ne semblait pas vouloir comprendre. ‘Didier’ je vais prendre les choses en main me dit-elle un jour. C’est ainsi qu’à l’occasion de la fête Saint Michel en septembre 1989, elle décida d’accompagner sa fille à Brest, dans le renouvellement de sa garde robe. Le soir alors que je rentrais de mon travail elle m’annonça triomphalement qu’elle était parvenue à lui faire modifier ses habitudes. Les trophées furent exhibés : incontestablement il y avait un mieux. ‘C’est bien Mamie’ répondis-je. Je revois encore un brin de malice poindre dans ses yeux. Sacré Mamie tout de même !
D’autrefois j’exprimais le souhait que l’on puisse recontacter certaines amies de Jeannine du temps où elle était en pension au Kreisker à Saint Pol de Léon. D’autant qu’elle évoquait d’elle même ces souvenirs de jeunesse. Mais c’était toujours le même immobilisme têtu qui finissait à faire enrager tout le monde. Ce ne fut qu’au terme d’un long siège que Jeannine finissait par capituler en recontactant son ancienne camarade qui était professeur de physique : Une certaine Thérèse me semble-t-il. C’est ainsi qu’une ébauche d’amis se mit en place, permettant parfois de faire une entorse à la sacro sainte venue dominicale à Berven.
De même qu’elle appuya également notre projet de faire construire un pavillon au 11 rue de la rue Charles Péguy. La chose fut assez aisée car c’était un terrain sur lequel Jeannine avait eu des visées d’acquisition du temps de son mariage avec Maurice le père de Philippe. Mais l’élément essentiel était qu’elle pouvait toujours se rendre à son lieu de travail sans utiliser la voiture. Personnellement j’aurais fais un autre choix, mais je dus me contenter de celui-ci. Un éloignement trop important aurait été un vice rédhibitoire.
C’est également sur une initiative de ma belle mère que Jeannine accepta de partir en vacances à l’étranger. C’est ainsi, qu’en Août 1991, on fit un séjour en Turquie du côté de Bodrum durant une quinzaine de jours. De même qu’au printemps 1992, on alla passer une dizaine de jours au Maroc avec son amie Thérèse et son mari qui nous proposèrent de les accompagner. Cette initiative nous permit de visiter Marrakech et d’effectuer un long périple dans les villes du sud Marocain avec Taroudant, Ouarzazate l’Hollywood du sud, la célèbre vallée du Drâa dont les eaux du fleuve disparaissent dans le sable du désert avant d’atteindre Agadir. Cette ville, aux confins du royaume Alawite, qui fut détruite par un terrible tremblement de terre au début des années soixante.
Mais malgré tous les efforts de mon ex Belle mère, je sentais de plus en plus l’ennui me gagner. J’étouffais littéralement dans cette vie qui manquait d’originalité. Dans un premier temps j’avais refusé de partir dès le samedi à midi pour Berven. Ce n’est que le lendemain que je m’y rendais pour que nous puissions déjeuner ensemble. A plusieurs reprises les repas furent le théâtre de discussions houleuses, de façon inéluctable je sentais la nécessité d’une séparation.
Le facteur déclencheur fut le décès subit de ‘Louis Le Magnifique’ en septembre de l’année 1992. ‘Mamie’ me demanda de la rencontrer à Berven pour parer à l’inévitable. La démarche était sincère et c’est avec un certain serrement au cœur que je dus lui dire que ma décision était malheureusement prise. C’était la dernière fois que je me rendis à Berven.
Dans les semaines qui suivirent je quittais la rue Charles Péguy pour aller m’installer dans un petit appartement que j’avais pu louer dans une nouvelle résidence dans le quartier de la Croix-rouge Kérinou. C’était en Novembre de cette sombre année.

vendredi 22 mai 2009

Pen Ar Bed: L'Insondable Kan

'Dans le Yi King, Kan est le troisième fils. Sa symbolique est reliée au danger: L'Insondable. Il correspond également au domaine du mystère et de l'intériorité.'

Dans L’Insondable Kan, j’invite le lecteur à partager ce ‘voyage intérieur’ dans lequel je fus plongé durant les deux premières années de mon arrivée en Bretagne. Mais c’est aussi la narration de cette confrontation aux affres de la déstructuration de l’esprit que l’exil m’imposa et que je décris sans complaisance. Certains pourront s’en trouver choqués. Peu importe, seul celui qui ne fut pas confronté à une telle torture affective ne peut en comprendre la réelle portée.

Pen Ar Creach’ :

Cela faisait près de deux heures que j’attendais l’ouverture de l’agence Thépot lorsque cette dernière ouvrit, dès neuf heures, ses portes du 20 de la rue de Siam. Je prenais possession des clefs pour rejoindre en toute hâte le 32 de la rue de Paris pour y accueillir le camion de déménagement. A 9h30 je parvenais à destination, heureusement ‘les Déménageurs Bretons’ n’étaient pas encore arrivés. Je garais la voiture dans le parking qui se situait en arrière de l’immeuble et j’attendis patiemment que ces derniers arrivent. Le téléphone portable n’existait pas encore, de fait je me trouvais dans un état d’isolement complet dans une ville où la plupart des noms étaient incompréhensibles : Pen Ar Creach c’était le nom du quartier où se trouvait l’immeuble que j’allais habiter.
Vers dix heures le camion vint s’immobiliser devant la porte de l’immeuble, les opérations de déchargement purent enfin commencer. A midi tout était fini et je me retrouvais seul dans ce trois pièces que j’avais au quatrième étage et dernier étage de l’immeuble. Au milieu des cartons, il régnait un silence effrayant, je devais me rendre à EDF-GDF pour faire rouvrir les compteurs et me rendre aux Télécoms pour demander l’ouverture d’une ligne téléphonique afin de maintenir le contact avec Saint Benoît. Ne connaissant pas la ville, ces démarches au demeurant simples me paraissaient insurmontables. En début d’après midi je m’aventurais dans la rue Jean Jaurès, l’artère principale de la ville menant à la place de la Liberté, où je trouvais sans difficulté les Télécoms. C’était déjà la certitude de pouvoir téléphoner à Marie Mich dans les prochains jours. L’agence EDF-GDF fut plus difficile à trouver car celle dont je relevais se trouvait à proximité du port de commerce.
Ces premières démarches accomplies, je disposais de toute la première semaine de juin pour aménager l’appartement afin qu’il soit entièrement opérationnel dès le 9 juin, date présumée de ma prise de fonction. N’ayant pas d’armoire pour ranger mes vêtements, je décidais d’aménager une penderie dans le dressing room qui se trouvait dans la partie centrale de l’appartement. Cette disposition n’était pas sans me rappeler celle de l’appartement que nous occupions à Marseille du temps de Mireille mais avec deux pièces en moins. Toutefois avec ses soixante dix mètres carrés, l’appartement disposait d’un séjour agréable exposé sud ouest. Il permettait, ainsi, de bénéficier du soleil couchant jusqu’à vingt deux heures soit une heure de plus que le coucher de soleil parisien. Seules les chambres se trouvaient exposées nord est. L’une des deux était réservée pour ‘Le Centurion Del Djem’. Je n’avais pas encore eu le temps de lui acheter son lit, provisoirement j’y installais mon bureau. Ce fut une pièce qui ne fut jamais occupée, car Danièle fit la sourde oreille lorsque je lui proposais, lors des vacances scolaires, de faire venir Olivier à Brest en ayant recours au service ‘JVS’ : Je Voyage Seul de la SNCF. Service auquel j’avais eu recours tant de fois, quand Olivier venait à Saint Benoît dans les années 1982 à 84. Bien que je ne puisse parler à personne, la semaine se passa, à ma grande surprise, relativement bien. L’angoisse du silence n’était venue m’assaillir. Dans ces conditions je pensais avoir remporté une grande victoire. En fait l’intense activité à laquelle je m’étais livrée ne m’avait pas laissé le loisir de laisser partir à la dérive mes pensées.
Le lundi 9 juin, je dus me rendre à Quimper où j’étais convoqué quai de l’Odet là où la Fédération louait un petit local. Je fus reçu une nouvelle fois par les membres du bureau qui me présentèrent mon contrat de travail qui avait tant tardé à se faire attendre. Ce dernier n’était pas rédigé sur papier à entête officiel, c’était une sorte de modèle préétabli qui avait été communiqué par L’Union Nationale. Sur l’instant je pris cela pour de la mesquinerie. En fait c’était un moyen de rédiger mon contrat à l’insu du personnel de secrétariat de la Fédération, marquant par là le peu de confiance que manifestaient les responsables fédéraux à l’égard du personnel administratif.
Le 11 Juin 1986 dès neuf heures, je me présentait au siège de la Fédération où je dus me présenter comme étant leur nouveau Directeur. Ni la Présidente, ni un membre du bureau fédéral était présent pour me présenter au personnel . Ce sont ces derniers qui se présentèrent à leurs manières. Le ton était donné confirmant par là même le mauvais présage que j’avais ressenti le mois précédant quand j’étais venu à Plabennec en reconnaissance avec Marie Mich.
Dans le Maelström de la solitude :

Alors que je pensais échapper à l’angoisse de la solitude, celle-ci commença peu à peu à exercer sa terrible attractivité tel ‘un immense trou noir’ qui vous happe dans un effroyable tourbillon. Pourtant lors des premiers jours de ma prise de fonction je pensais pouvoir chasser cette oppression terrible qui venait enserrer mes tempes dans un étrange étau d’acier. Le silence devenait étourdissant, seule la musique parvenait à chasser ce malaise qui venait m’envahir. Pour lutter j’écoutais Jean Guillou, ce célèbre organiste titulaire des grandes orgues de Saint Eustache. Son interprétation mélancolique du célèbre choral de Jean Sébastien Bach : ‘Erbarm dich Mein, o Herre Gott’. Alors que les notes s’écoulaient en répliquant les unes aux autres comme dans l’art de la fugue, je fermais les yeux pour imaginer certains paysages du temps de Tallard, là bas où avec ma fidèle chienne Yana nous allions vagabonder dans les sentiers entourant ce vieux château médiéval qui à l’époque n’intéressait personne. D’autres fois je voulais m’imprégner des accords bizarres de l’orgue historique de Salamanque en écoutant l’interprétation de Francis Chapelet de ce ‘Faux Bourdon anonyme du 16ème siècle’. Alors je revoyais la campagne espagnole là bas à Salamanque où Sancho Pança ce fidèle écuyer de Don Quichotte accompagnait son maître dans ses pérégrinations impossibles. Ces musiques aux élans mystiques furent des centaines de fois écoutées pour s’en imprégner et en rechercher un effet rédempteur. Alors la solitude devenait subitement plus douce, mais elles prirent rapidement une dimension addictive.
Je prenais de plus en plus conscience de cette fragilité affective dont les prémisses apparurent au début des années fifties et où j’allais au fond du jardin de la rue Adolphe Thiers pour m’adonner à mon chagrin dont je ne voulais faire part à personne. Je revois encore aujourd’hui les hirondelles tournoyant dans ce ciel bleu pâle d’automne de la cité phocéenne. Le chagrin se répétait une nouvelle fois avec une lancinante obstination, venant affaiblir un peu plus le champ de mon émotionnel. Dans un sursaut d’élan vital, je décidais alors de provoquer une rencontre qui pourrait être salvatrice. Les rencontres par le biais de l’internet n’existaient pas encore, ce fut le Pub Hebdo ce journal local distribué gratuitement qui fut le support de cette terrible quête pour aller vendre son âme.
C’est sous l'emprise d'une angoisse épouvantable que je rédigeais une annonce qui allait se perdre avec des milliers d’autres démontrant par là même que la solitude frappait durement et qu’il fallait tout faire pour en échapper. Quinze jours s’écoulèrent sans recevoir une seule réponse, nous étions déjà début Juillet et je désespérais que mon annonce n’ai pas reçu d’écho. Un samedi après midi je décidais malgré tout de me rendre au siège du Pub Hebdo qui se trouvait également en bas de la rue de Siam presque en face de l’agence Thépot qui m’avait loué mon appartement. Sans conviction je demandais si j’avais reçu des réponses. L’hôtesse fit des recherches et revint me remettre une quinzaine de lettres. En sortant de l’agence je fus pris d’un fou rire nerveux que je ne pus maîtriser tout de suite. J’ avais pensé que le journal faisait suivre les réponses ; en fait en remplissant mon dossier d’insertion j’avais dus oublier de cocher la case ‘expédier au domicile’. En possession de ce trésor de guerre, je décidais pour la première fois de m’engouffrer dans un bar de la rue de Siam. C’est au Café de Paris que je pris connaissance des réponses qui m’avaient été faîtes. J’entrepris la lecture de ces fameuses lettres, la plupart d’entes elles étaient à éliminer. C’était une procédure un peu similaire à un recrutement à la différence près qu’il s’agissait d’un tout autre marché celui de la solitude qu’on voulait combler. C’était en fait le piège inhérent à ce mode de rencontre qui en quelque sorte forçait le destin
Un été bien singulier :

En ce début du mois de juillet le personnel de la fédération se préparait à partir en congés, cette période était donc propice pour approfondir ma connaissance de l’ensemble des dossiers. Par ailleurs lors de ma prise de fonction, j’avais découvert l’existence d’un profond malaise au sein du bureau fédéral où deux clans s’opposaient violemment. Le groupe du Sud Finistère conduit par la Présidente s’opposait à celui du Nord dont le leader était la Vice présidente. Dans ce contexte, il était très difficile de faire avancer les dossiers, car à chaque réunion c’était un affrontement systématique. Les réunions du bureau se déroulaient au centre de formation agricole de Saint Ségal et dès l’ouverture à dix huit heures les affrontements se manifestaient. Bien souvent le ‘pugilat verbal’ allait bien au-delà du diner pour se prolonger tard dans la soirée. Parfois las de ces querelles stériles, je finissais par exiger de se mettre enfin au travail. Il était fréquent que je quitte Saint Ségal bien après minuit et il fallait encore une bonne demi-heure sur la voie express pour rejoindre Brest.
C’est dans ce contexte professionnel surréaliste que je me préparais à rencontrer les quatre ou cinq personnes qui avaient bien voulu répondre à mon annonce du Pub Hebdo. J’appréhendais ces rendez vous et en même temps c’était un biais pour parler à des personnes en dehors de mon travail. En effet, depuis mon arrivée en Finistère les seules personnes auxquelles je parlais s’avéraient être uniquement dans le cadre professionnel. Ainsi quand je quittais mon bureau le soir, j’étais plongé dans l’impossibilité de dialoguer jusqu’au lendemain matin. De même lors des longs week end je restais deux jours sans pouvoir prononcer un seul mot, si ce n’est que lorsque je me rendais à Rallye pour y faire mes courses lors de mon passage aux caisses. ‘Pourrais-je avoir quelques sacs supplémentaires’, c’étaient les seuls mots prononcés du week end.
Dès le début de la seconde semaine de Juillet je prenais contact téléphoniquement avec les ‘heureuses candidates sélectionnées’ pour fixer des rendez vous que je fixais en soirée façon de combler le vide de mes longues soirées. Cette démarche était particulièrement angoissante. Il fallait se rendre en des lieux que je ne connaissais pas forcément, et il y avait fréquemment de longues minutes à attendre : c’était ce que l’on dénommait ici en Bretagne ‘Le quart d’heure Breton’. Certaines ne daignèrent même pas se rendre au rendez vous qu’elle avait elle-même fixée. C’était étrange comme comportement. D’autres fois dès le premier contact je savais que cela était sans suite. Il fallait, alors, se donner une contenance pour ne rien laisser paraître ; c’était exténuant moralement. L’une d’entre elle me fixa un rendez vous à Plabennec devant le siège de la Fédération. C’était une bien étrange coïncidence. Le rendez vous avait été fixé le vendredi 11 Juillet à 17 heures. C’était vraiment une chance extraordinaire car le personnel quittait la fédération en fin de semaine dès seize heures.
C’est ainsi que je fis connaissance de Marie Thérèse ; elle était professeur d’anglais et venait juste de se séparer de son mari, qui était lui-même professeur à Quimper dans la discipline chère à Descartes. C’est au hasard de ses recherches pour retrouver un poste d’enseignante qu’elle avait pût trouver un petit pavillon dans la périphérie de Plabennec proche de l’école privée qui avait accepté sa candidature. Son parcours chaotique m’avait quelque part sensibilisé et nous décidions de nous revoir. Par la suite j’appris qu’elle avait un frère qui exerçait la médecine générale à Milizac une petite commune qui se trouvait à quelques kilomètres de Plabennec. C’est elle qui me fit découvrir les spécialités bretonnes comme le Kig ar Fartz. Un plat typiquement breton à mi chemin entre le pot au feu et le couscous. Mais je ne pouvais envisager sérieusement une relation durable avec Marie Thérèse. Ses enfants étaient en bas âge et je n’avais plus la force de me lancer dans une nouvelle relation de ce type.
Vers le quinze Août, Marie Mich manifesta le souhait de venir passer quelques jours en Bretagne. Cette nouvelle me redonna du courage, et je n’hésitais pas un seul instant à laisser Marie Thérèse passer seule ce long week end de l’Assomption. Nous avions ainsi quatre journées à passer ensemble. Subitement la vie revenait comme du temps de nos ballades le long des sentiers du Poitou. Marie Mich organisa des randonnées dont elle avait toujours eu le secret. On alla, je me souviens, faire une longue ballade dans une forêt de pins qui se situe en contre bas de la voie express longeant l’Elorn. Ce fleuve breton qui prend sa source au NNE du Tuchenn Kador dans les Monts d’Arrée et qui se jette dans la rade de Brest. Malgré la pluie qui s’était mise à tomber, je retrouvais cette ambiance indéfinissable que j’avais ressenti tant de fois dans nos flâneries le long du Clain ou d’ailleurs. Ainsi durant quelques heures c’était une renaissance. Par la suite je ne voulus jamais retourner sur ces sentiers bretons que nous avions foulés ensemble. C’était une sorte de sacralisation d’un souvenir chargé de joie et de chagrin. Mais le week end s’acheva et Marie Mich repris la route du Poitou, c’était un nouveau déchirement qui venait m’assaillir.
Je restais plongé plus d’une semaine dans une sorte de torpeur lorsque Marie Thérèse se manifesta pour m’arracher de la solitude dans laquelle je me retranchais. Maintenant l’automne arrivait à grand pas avec l’époque de l’assemblée générale de la Fédération qui devait se dérouler à Quimper. Elle m’accompagna à cette importante manifestation : ma première AG, cela devait être une réussite. Malgré ses efforts, je sentais que la dépression prenait le pas sur moi, j’avais tout juste la force de m’accrocher à mes nouvelles fonctions ; mais je n’avais plus le cœur à fonder une nouvelle fois quelque chose de durable avec une femme ayant des enfants en bas âges. Alors que les fêtes de la Toussaint approchaient on se revit une dernière fois à son domicile de Plabennec marquant ainsi la fin de cette rencontre quelque peu anachronique.
Le 11 Novembre qui tombait un Mardi permit à Marie Mich de faire le pont pour me rendre visite en Bretagne. L’arrière saison était magnifique : ‘L’été indien breton’. On alla se balader du côté de Perros Guirec, la côte de granit rose. C’était splendide à voir mais une tristesse indéfinissable m’envahissait ; bien que Marie Mich soit là présente à mes côtés, une seule idée obsessionnelle venait m’obséder : ‘Elle va devoir repartir’. Cette seule idée me paralysait venant m’empêcher de partager ces instants inoubliables. Marie Mich n’en su jamais rien. Je la revois encore marcher seule sur une langue de sable reliant la côte à un petit îlet quelque part sur la côte de granit rose. C’était au soleil couchant, le spectacle était grandiose et je sentais que la vie m'ôtait un être cher.
Sur les chemins de la Dualité :

Mon arrivée en Bretagne s’était caractérisée une nouvelle fois par une perte de repères portant ainsi la marque étrange de mon destin. Confusément je ressentais une désagrégation de mes pensées, une sorte de malédiction m’empêchant de m’adapter à ce réel qui devenait de plus en plus cruel. En cette fin d’automne 1986, Marie Mich une nouvelle fois repartait vers son Poitou, de mon côté je me retrouvais à Pen Ar Bed là au bout de la terre en exil loin de toutes mes attaches affectives et dans l’impossibilité de communiquer avec quiconque afin de redonner du sens à la vie. Pourtant il restait en moi une volonté désespérée de survivre, de vaincre cette adversité qui semblait vouloir s’acharner contre moi. C’est ainsi que je renouvelais l’opération du Pub Hebdo en pensant cette fois que la providence me serait plus favorable.
Je ne sais plus combien je reçu de réponses, seulement quelques lettres semblaient devoir retenir mon attention. Sans grande conviction je contactais une de ces personnes. C’est ainsi qu’un samedi de fin novembre j’obtenais un rendez vous qui fut fixé par mon interlocutrice place de Strasbourg. Le lieu était loin d’être original, mais il présentait l’avantage de se situer à quelques centaines de mètres du 32 rue de Paris. De fait je n’avais pas besoin d’utiliser la voiture et je pouvais ainsi rejoindre aisément mon domicile si le contact s’avérait sans suite. Le rendez vous avait été fixé vers quinze heures, le crachin était de la partie, à cette heure de la journée la place était déserte, il régnait un froid humide qui n’incitait pas à la promenade. En mon for intérieur je pensais ne trouver personne à ce rendez vous quelque peu insolite, pourtant à mon grand étonnement en atteignant la place j’aperçu une silhouette qui attendait à l’angle de la place et de la rue Jean Jaurès où se trouvait à l’époque le concessionnaire Citroën. Je me dirigeais vers cette personne, elle avait un tailleur noir de chez Infinitif lui donnant manifestement une certaine classe. Malgré l’humidité ambiante, elle ne semblait pas en souffrir alors que moi-même je m’étais doté d’une épaisse gabardine que j’avais hérité de ‘Louis Le magnifique’.
Tous les bars de la place étant fermés, je ne savais pas où nous rendre pour discuter un peu. C’est ainsi qu’elle me proposa de nous rendre chez moi y prendre un thé. Bien que la proposition me parue osée, j’acceptais sa suggestion. Ainsi le silence du week end allait pouvoir être interrompu un moment. Quelques minutes plus tard on se retrouvait au 32 rue de Paris à dialoguer autour d’une tasse de thé. Jacqueline était enseignante en économie auprès des élèves préparant à l’époque le Bac ‘G’ au lycée de Kérichen. Elle avait été mariée à un professeur de Français, de l’union était né un garçon dont la garde avait été confiée au père. Cela me surpris, elle me confia qu’il était préférable que ce soit son ex mari qui s’occupe de l’éducation de leur fils ; sa crainte étant de ne pouvoir y parvenir. Cet argument me paru surprenant de la part d’une enseignante. Une grande partie de l’après midi s’écoula à échanger sur nos vies respectives, la nuit commençant à tomber il fallait songer à mettre fin à cette conversation. A mon grand étonnement elle me proposa de l’accompagner chez elle pour diner en compagnie de son fils Nicolas qui lui rendait visite chaque dimanche soir. Un peu surpris par sa proposition inattendue ; je me retrouvais, quelques minutes plus tard, au volant de ma voiture pour la reconduire à son domicile du Relecq Ker Huon. A mon insu je m’engageais dans un long processus dualiste qui faillit m’anéantir.
Manifestement, je devais exercer une certaine attirance physique que je ne suis jamais parvenu à élucider. Mais c’est ce qui se passa pourtant sans que j’aie eu recherché, un seul instant, à la séduire. Depuis près de deux ans j’étais sous Tégrétol, cela m’avait été prescrit par un médecin généraliste de Poitiers pour m’aider à lutter contre la dépression dans laquelle j’avais sombré lors de mes incessantes navettes entre Poitiers-Vendôme. En fait Tégrétol constituée par la molécule de Carbamazépine était beaucoup plus adaptée aux dépressions à caractère bipolaire. Il s’avéra que ce fut, à l’époque, une erreur de diagnostic .Jacqueline voulu que j’arrête à prendre cette substance qui selon elle était dorénavant devenue inutile. Le sevrage brutal me fit sombrer dans un vide sans fond dont j’eu les plus grandes peines à remonter. Malgré la naissance de cette relation, je ressentais toujours cette impérieuse nécessité de me rendre périodiquement en Poitou pour y rencontrer Marie Mich dont l’absence me faisait cruellement souffrir. Le processus dualiste venait de s’initialiser. Ainsi tous les quinze jours je me lançais sur la route dès le vendredi soir pour rejoindre Poitiers. J’allais, tel Don Quichotte, à la rencontre d’une époque disparue mais dont je voulais conserver le souvenir. Ainsi dans cette démarche désespérée ne faut-il pas y voir la répétition originelle : celle de vouloir sauvegarder le souvenir des ‘Glamorous Fifties’ ? Aujourd’hui, avec le recul du temps, je pense que cette hypothèse est la plus vraisemblable pour tenter d’expliquer cet étrange dualisme qui s’abattit sur moi jusqu’en Mai 1987.
Peu à peu, je finissais à m’adapter à cette région qui était devenue par la force des choses mon seul lieu de subsistance. De fait ma relation avec Jacqueline fut peu à peu perçue comme une trahison à l’encontre de Marie Mich. Cela me devint rapidement insupportable à l’esprit. J’appris pourtant ultérieurement, que des contacts avaient été secrètement établis entre elles. Jacqueline lors d’une de mes absences à Poitiers avait fouillé dans mes dossiers personnels, ainsi elle avait trouvé ses coordonnées téléphoniques. Marie Mich lui aurait alors décrit la nature exacte de nos rapports qui n'étaient pas d'essence à déclencher sa jalousie. Le premier Juin 1987, néanmoins, je quittais Jacqueline pour m’installer dans un petit appartement de la rue Jean Gosset qui était à proximité de la voie express menant à Morlaix. Cela me placait à un quart d’heure de mon lieu de travail. Malgré un retour vers la solitude, je me trouvais subitement soulagé.
L’Eté Cathare :

Lors de mon séjour en maison de repos au printemps 1984 où je séjournais du côté de Loches, ‘Poupou’ le père de Marie Mich qui connaissait bien mes goûts pour l’histoire m’avait offert un livre sur le catharisme. Cette histoire passionnante m’avait toujours donné envie de visiter l’Occitanie constituée par les vicomtés de Toulouse, Béziers, Albi et Carcassonne. Mais jusqu’à présent l’occasion ne s’en été pas présentée. En cette fin de printemps 1987, alors que je venais d’emménager mon nouvel appartement de la rue Jean Gosset, l’idée me vint d’organiser avec Marie Mich des vacances au pays des ‘Parfaits’ comme les dénommait la redoutable inquisition. Cela permettrait, dans mon esprit, d’effacer le douloureux souvenir du précédent été qui avait marqué mon arrivée en Bretagne. Par ailleurs c’était aussi ma façon de rendre un dernier hommage à son père qui avait brutalement disparu deux ans auparavant. Je me revois encore préparer patiemment ce périple pour se rendre sur les hauts lieux du Catharisme et d’en visiter les châteaux les plus célèbres. La fin juin arriva, tous les détails du déroulement de ce voyage étaient parfaitement au point. Ainsi le vendredi 3 Juillet 1987 dès seize heures je m’élançais une nouvelle fois sur la voie express pour me rendre à Poitiers. Toutes les souffrances de ces derniers mois s’étaient subitement évanouies, à mon tour je voulais donner à Marie Mich des souvenirs comme elle avait su me faire partager lors de nos ballades au pays de Pantagruel et Gargantua. Sans le savoir je l’invitais à connaître de l’intérieur une religion dualiste chrétienne de l’époque médiévale. Je voulais lui faire connaitre ce drame des Parfaits qui furent brûlés pour héréticité et condamnés par le IVème Concile du Latran en 1215. Mais ce qui importait le plus en cette heure, c’était de retrouver les chemins de la liberté, le temps de la rêverie et des flâneries sous les hospices du Catharisme.
Albi la rouge, fut notre première étape de notre périple. Avec sa cathédrale en briques la ville est le symbole de la célèbre croisade des Albigeois menée dès 1208 par les armées du Roi de France sous la conduite de Simon de Montfort. En fait ce courant de la chrétienté remettait en cause l’autorité Papale. Il fallait donc combattre ces Parfaits que l’on taxait d’hérétiques ; pour le Roi de France l’hérésie constituait un prétexte permettant d’agrandir le royaume à bon compte. Le ‘Consolament’ était le baptême des cathares, il constituait selon l’inquisition la base de l’hérésie. En fait c’était cette cérémonie qui par l’imposition des mains était de nature à remettre en cause la hiérarchie religieuse. C’était une hérésie inacceptable qu’il fallait donc combattre.
Montségur située sur un piton rocheux à plus de 1200 mètres d’altitude au milieu des forêts de l’actuel département de L’Ariège fut le dernier refuge des hérétiques que l’on alla visiter. C’est en ce lieu isolé où le 16 Mars 1244 que quelques deux cent hérétiques se jetèrent dans les flammes du bûcher pour ne pas renoncer à leur foi. On entra dans cette forteresse en forme de sarcophage qui s’achève dans sa partie ‘Est’ par une chapelle où à travers d’une fléchière les rayons du soleil le jour du solstice d’été viennent, selon la légende, éclairer l’autel . Lors de notre passage en Juillet 1987, on ne pût en vérifier l’exactitude, mais on constata toute la difficulté qu’il y avait à gravir le piton qui nécessite une bonne demi heure de marche.
Notre périple nous mena ensuite à Carcassonne la ville aux multiples remparts :’ Carcasse, sonne !’, l’odyssée cathare s’acheva par Minerve où fut érigé le premier bûcher en 1210. C’étaient également les dernières vacances que nous passions ensemble.