lundi 12 janvier 2009

AQUAE-SEXTIUS: L'Eté Gapençais.....




Dans les jours qui suivirent le 26 Juillet 1965 date ou fut rédigé dans le plus grand secret mon acte d'émancipation, je fus convié par le père de mon ami Jean Michel pour me rendre, en urgence, à son domicile Gapençais du chemin de Bonne. Je devais y prendre connaissance d'un acte me concernant. C'est dans ces conditions que me fut remis cet acte que je qualifie, encore aujourd'hui, de haute trahison et que j'ai déjà décris longuement 'Dans les chemins du Chaos'. De fait je me retrouvais à la rue, sans ressources avec mon Baccalauréat comme seul viatique. Mes espoirs de m'inscrire à Dentaire à la Faculté de Lyon avec mon camarade de Lycée Gilbert Werklé s'évanouissaient subitement dans le grenier des oublis. En effet durant notre année scolaire de redoublement en 1964-65 nous avions convenu qu'il viendrait me chercher au début de l'automne à Tallard pour nous inscrire à la Faculté. Je découvrais subitement avec frayeur que j'entrais dans un monde de turbulences dont j'ignorais les réelles dimensions.

Quelque part du côté du Stade:



Je pu avec le concours du foyer des Jeunes Filles de la ville de Gap trouver une petite chambre sur l'avenue Jean Jaurès. C'était dans une villa du début des années cinquante à la hauteur du stade où j'étais venu tant de fois lorsque j'étais encore potache: c'était seulement quelques semaines avant. Mais un vide immense dorénavant me séparait de cette période lycéenne. Ma chambre était mansardée et ne disposait pas de cabinet de toilettes. Le confort était rudimentaire. Je disposais seulement d'un lave main à côté des toilettes pour me laver, mais je disposais d'un toit où je pouvais dormir c'était là l'essentiel. La deuxième priorité était alors de trouver un emploi pour subvenir à mes besoins. Lors de mon expédition à Marseille, où j'avais vu Maman pour la dernière fois, j'avais reçu de sa part 700 francs correspondant à 107€ . Cette valeur est à multiplier par six ou sept pour tenir compte de l'érosion monétaire. C'était donc une somme conséquente. Mais cela n'était pas suffisant pour couvrir l'ensemble de mes besoins jusqu'à la fin du mois de septembre. Il fallait donc impérativement trouver un emploi. C'est par l'entremise du club des jeunes de la ville que je pu m'en procurer un au sein d'un cabinet de géomètres qui était implanté au bas du boulevard qui mène à la route du col Bayard et à proximité du Cours Ladoucette. Ainsi l'été 1965 marquait mon entrée imprévue dans le monde du travail. Le midi je me rendais dans un restaurant ouvrier pour y prendre mon repas. Désargenté le patron accepta que je règle mes notes en fin de mois. Cette libéralité me permis d'avoir un peu de souplesse dans mes finances dont les capacités étaient plus que réduites. Je retrouvais là des collègues de travail qui me convièrent à leur table. Ces instants me permettaient de me détendre un peu et retrouver une chaleur humaine. Très rapidement, ils me proposèrent de m'adjoindre à une location d'un F4 qu'ils louaient en semaine pour le travail. Une place étant devenue disponible, j'acceptais avec soulagement cette proposition qui me permettait de retrouver un logement normal , avec une véritable chambre disposant du confort d'une cuisine et d'une salle de bain. Étant quatre occupants, je devais accepter les contraintes d'un vie collective nous soumettant à des règles de partage des actes de la vie quotidienne. Je retrouvais ainsi ce que Nathela nous avait inculqué quelques années auparavant du côté des Maurettes lorsque nous partions en vacances près d'Antibes. Ainsi toutes les quatre semaines j'étais chargé des achats alimentaires et de confectionner les repas du soir et d'effectuer le ménage. C'était la seule obligation, le reste du temps je pouvais vaquer à mes occupations avec une seule contrainte d'être ponctuel à l'heure du repas qui avait été fixé à dix neuf heures. Cela me rappelait un peu l'époque où j'étais 'Pancul' au Lycée Dominique Villars. Etant un néophyte pour confectionner les repas, je pris le soin de noter durant les trois premières semaines ce que préparaient mes camarades. On se contentait de plats faciles à élaborer, de fait je m'efforçais lors de mon tour de cuistot en chef de reprendre ce que j'avais préféré les semaines précédentes . Ainsi tout le monde pouvait s'y retrouver. Je fus d'ailleurs félicité car connaissant mes origines sociales ils devaient, au fonds d'eux même, redouter mon passage derrière les 'fourneaux'. Dès le vendredi soir je me retrouvais seul dans ce grand appartement. Je profitais de ces instants interminables à passer l'aspirateur dans tout l'appartement, changer les draps de nos lits respectifs et de faire tourner une lessive de blanc. Mais ce type de corvée, j'avais déjà eu l'habitude de le faire pour le deuxième étage à Tallard , car l'employée de maison était déjà largement occupée par l'entretien du cabinet médical de 'Louis Le Magnique ' et de l'appartement du premier étage au 12 rue Souveraine. Ainsi, j'achevais la journée vers minuit et harassé de fatigue je m'endormais immédiatement. Le lendemain se dressait deux longues journées à affronter . Mais souvent le club des Jeunes m'invitait pour aller pique niquer en divers endroits des Alpes que je ne connaissais pas. C'est ainsi que je me rendis à Saint Véran si typique avec ses toits de lauses dont certaines dépassaient la tonne. Cette commune, située à plus de 2200 mètres d'altitude, est la commune la plus élevée d'Europe nous disait notre professeur d'histoire que nous dénommions 'Piouit'. Dans le blog consacré à mes souvenirs de lycéen j'aborde certains passages savoureux à son sujet. Je me rendis aussi à Ceillac, au dessus de Guillestre, avec ses cascades impressionnantes. Il y eu aussi des ballades à Serre Ponçon qui était devenu le lieu de baignade privilégié des gapençais, où nous nous rendions fréquemment. Mais en ces instants je revoyais des excursions que j'avais faîtes du temps de la Dynastie Georgienne avec Catherine sa fille cadette et de mon père au bord de ce barrage que j'avais vu construire au gré de nos allées venues à Avançon où mon frère et ma soeur habitèrent lors de la procédure en divorce avec 'La Dynastie de L'obscur'. Je sombrais dans une sorte de mélancolie léthargique arrivant à oublier mes amies qui avaient la gentillesse de m'emmener avec elles lors de ces longs week end. Le processus de la dépression était en train de se renforcer mais j'en eu pas conscience. Josiane, mon aînée de quelques années, leader du petit groupe que nous formions m'avait pris en charge affectivement avec plein d'attention et de gentillesse. Je la considérais comme une sorte de grande soeur que je n'avais pas eu, puisque j'étais l'aîné de la fratrie. En fait j'appris quelques années plus tard qu'elle s'était éprise de ce jeune homme nostalgique que j'étais. Mais pas une seule fois elle exprima ses sentiments , elle respectait mon chagrin, la douleur terrible qui me rongeait et qui me hante encore aujourd'hui. Josiane avait cette écoute attentive qui me rassurait dans la tourmente que je traversais, elle essayait de me redonner le courage et l'espoir dans la vie. Mais je restais plongé dans un sorte de torpeur qui me faisait vivre en demi teinte. Les week ends se succédèrent sans m'avoir laissé le souvenir de la solitude. dès le Lundi je retournais à mon travail qui consistait à développer les plans dessinés par les géomètres. Cela se réalisait sur une sorte de papier décalque que je devais développer dans un appareil électrique développant une lumière aveuglante. Dans une deuxième étape je devais faire baigner ces plans dans une atmosphère d'ammoniaque dégageant une odeur suffocante.
Quelque part en Valgaudemar:
itinéraire

Dans le courant du mois d'août , le cabinet reçu la mission de procéder au relevé topographique d'une zone de haute montagne qui était susceptible d'accueillir une future station de ski. La mission avait une durée estimée à trois semaines environ. En cette période de congés, le géomètre investi de la mission me demanda si je voulais bien l'accompagner dans sa tâche en tant que porte mire. Ne réalisant pas très bien en quoi consistait le travail , j'acceptais de l'accompagner. Bien que j'appréhendais un peu la situation, l'envie de me retrouver dans la nature et d'échapper à l'enfermement du laboratoire l'emporta sur mes appréhensions. La seule contrainte était que nous devions, chaque matin, quitter Gap vers sept heure pour arriver sur les lieux dès huit heure. La destination était quelque part dans le Valgaudemar. Ainsi à plus de 1800 mètre d'altitude par un temps magnifique, je me retrouvais à porter une mire qui atteignait plus de trois mètres de hauteur et gravir des terrains caillouteux dépassant les 30% de pente. Le travail consistait à me déplacer sur les différentes courbes de niveau du site qui s'échelonnait sur des centaines d'hectares. Le géomètre me demandait de poser la mire qu'il visait de son appareil et reportait sur la feuille de papier canson les cotations des différentes hauteurs ainsi mesurées. Chaque jour je parcourais des dizaines de kilomètres dans un terrain chaotique et glissant. Au fur et à mesure que la journée avançait cette ligne de mire qui paraissait légère en début de journée paraissait devenir une véritable barre à mine. Vers midi nous faisions une pause d'une heure et nous allions prendre notre repas dans une petite auberge qui se trouvait en contre bas de notre chantier. Affamé par l'air pur à cette altitude je dévorais mes repas que je trouvais plus délicieux les uns que les autres. Dès 13H30, je me retrouvais à pied d'oeuvre à gravir ces pentes maudites. Mais dès cinq heure le soleil dépassait les cimes environnantes et nous plongions en cette fin d'été dans un air d'automne. C'était le signal de la fin de journée. L'air devenait vif il était temps de repartir vers Gap que nous atteignons rarement avant sept heure du soir. Je rejoignais en grande hâte l'appartement et après un repas rapide j'allais me coucher pour sombrer dans un sommeil profond et réparateur. La mission s'acheva dans les premiers jours de septembre et je dus rejoindre mon laboratoire où des dizaines de plans à développer s'entassaient depuis mon départ pour le Valgaudemar. Dans les jours qui suivirent je reçu ma nomination en tant que Maître d'internat au Lycée D'altitude de Briançon. Cette décision me rendit euphorique. Cette affectation tant attendue représentait le sésame de mes études, et pourtant je ne savais pas ce qu'il allait bientôt advenir.
Un certain Plénipotentiaire:
L'été touchait à sa fin sans avoir eu la moindre nouvelle de mon frère et de ma soeur qui, comme chaque année, venaient passer un mois de vacances à Tallard. Un soir que je quittais mon travail, Marc était là qui attendait la sortie des bureaux. C'était presqu'une fête de le voir en cet endroit. On resta là à parler un long moment, puis à brûle pourpoint il me demanda si je n'étais pas en possession de deux pipes danoises que 'Louis Le Magnifique' avait acheté à Marseille. Interloqué, je lui fis répéter à deux reprises sa question. J'étais suffoqué par l'incongruité de ses propos. Moi qui m'imaginais quelques instants auparavant que mon frère était venu pour me voir et le plaisir de parler ensemble. Il n'était qu'un plénipotentiaire venu s'enquérir de deux pipes que 'Louis Le Magnifique ' ne retrouvait pas dans sa collection. C'était le comble de la dérision. Pauvre 'Muad Dib' il ne faisait qu'obéir aux ordres. Néanmoins Marc reparti avec la certitude que je ne m'étais pas rendu coupable d'avoir dérobé les précieuses pipes....Danoises! Quelques jours s'écoulèrent sans avoir de suite à cette curieuse démarche. Septembre touchait à sa fin marquant la fin des vacances scolaires d'été, je ne pensais déjà plus à la démarche entreprise par mon frère. Pourtant il vint me rendre visite pour m'annoncer qu'il repartait au lycée Alphonse Daudet de Nîmes où il était pensionnaire. C'est dans ces conditions qu'il m'informa que Papa souhaitait me rencontrer à Tallard et que sa suspicion à mon égard s'était estompée. Ainsi à quelques jours de ma prise de fonction en tant que maître d'internat au lycée d'altitude de Briançon je me rendis au 12 rue Souveraine pour répondre à l'invitation de 'Louis Le Magnifique'. Comme un étranger, je sonnais à la porte, la maison semblait silencieuse. Aucune voiture se trouvait en stationnement dans la rue. A ma grande surprise ce fut mon père qui vint m'ouvrir. Apparemment il se trouvait seul dans la maison, et il me fit entrer dans son bureau. L'entrevue fut de courte durée et l'ambiance restait tendue. Je ne fus nullement invité à m'asseoir. La discussion resta impersonnelle et distante de part et d'autre. Aucune question ne me fut posée concernant ma vie quotidienne. Les questions restèrent générales et vagues du genre: "Tout va bien?, Es tu en bonne santé?". Pas un seul instant ne fut abordé les motifs de mon émancipation qu'il m'avait imposée dès mon retour de Marseille deux mois auparavant. Il se borna à me dire avec fierté qu'il me consentait une aide financière de cent francs par mois pour m'aider à financer mes études. Cette somme couvrait à peine le cinquième de mes besoins pour poursuivre des études universitaires dans de bonnes conditions. C'était indigne de sa part, lui dont les études en médecine furent financées par 'L'Entreprenant' mon grand père paternel le fondateur de 'Chez Bébé' au 13 Rue Adolphe Thiers au début des années trente. Mais ce jour là mon père dû être frappé d'amnésie.
Une Journée Marathon.....:
Avant ma prise de fonction au lycée de Briançon, il fallait impérativement que je procède à mon inscription à L'Université d'Aix en Provence. De fait je pris congé du cabinet de géomètres lors de la dernière semaine de septembre pour me permettre d'accomplir diverses démarches administratives. Ainsi et pour économiser des frais de car, je fis du stop sur la route Napoléon pour me rendre à Aix en Provence. Aux premières lueurs du jour je me trouvais à la sortie de Gap pour solliciter un conducteur compréhensif. La chance fut au rendez vous et je pus atteindre Aix où on me déposa à 'La Rotonde' en tout début de matinée. Dès dix heure je remettais mon dossier au secrétariat de la Faculté de Droit et de Sciences Economiques. Alors que je m'apprêtais à repartir la personne qui instuisait mon inscription, m'avisa qu'il manquait une pièce. C'était une véritable catastrophe car dès le lendemain je devais impérativement rejoindre Briançon. Il fallait à tous prix que ce problème soit réglé le jour même. La seule solution était de tenter un aller retour en stop afin que mon inscription soit bouclée avant la fermeture du secrétariat dont les portes fermaient dès dix sept heure. Un marathon infernal s'enclencha , mais le challenge fut réussi d'extrême justesse. A seize heure trente, la pièce manquante fut déposée et une demi heure plus tard je pus me retrouver en bordure de la route des Alpes pour rejoindre Gap tardivement dans la nuit. Le lendemain tôt en matinée je pris mes valises pleines à craquer pour rejoindre la micheline en partance pour Briançon.

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