'Les Fontaines du Palais Lonchamp où coulent les eaux du Verdon et de la Durance'
The Glamorous Fifties constituèrent la plus belle période de mon enfance. Paradoxalement elles marquèrent la plus grande déception de ma vie car ces quelques mois vécus en pointillé durant les étés 1950 à 1955 laissèrent un goût d'amer, d'éphémère à l'image de cette Dynastie qui me donna le jour. Ainsi les expéditions à la Capelette dans 'Garibaldi station',décrivent ces visites à Tantine au Sacré coeur; 'Les Catalans' dépeignent ces temps privilégiés passés avec Maman et sur ce qui fut en ces années là, la plus belle plage de Marseille devançant celle du Prophète.
Garibaldi Station:
Le domicile de mon grand père maternel au 44 rue Jean de Bernady, constitua notre base logistique pour mener à bien nos expéditions. Pour rendre visite à notre chère Tantine, nous devions nous rendre à l'angle du boulevard Garibaldi et de la Canebière pour y prendre le tramway qui nous conduisait jusqu'à La Capelette. Nous avions tout au plus une demi heure de transport, mais cela représentait, dans mon esprit d'enfant, toute une expédition. Je revois encore ces bancs en bois vernis sur lesquels on s'asseyait. Je me souviens du tangage des wagons, le bruit assourdissant des roues métalliques sur les rails, les étincelles jaillissant lorsque le tram abordait une courbe un peu accentuée. Tout ce contexte était dû à la joie de retrouver Maman après plus d'un an d'absence et d'attente les Jeudis matins dans mon lit de la rue Thiers. Alors cette ambiance inhabituelle me surprenait et me rendait joyeux. Le cours Lieutaud défilait à toute allure, nous passions ainsi devant le 99 sans que je sache à cette époque que mon Parrain résidait à cette adresse depuis 1949. Je savais encore moins que cinquante cinq ans plus tard en Août 2004, je viendrai lui rendre visite pour l'accompagner dans cette terrible maladie d'Alzeimer dont fut frappée sa femme Françoise. Ainsi en ces jours d'été du début des années cinquante, nous foncions sur La Capelette. C'était une joie immense d'aller voir Tantine qui se trouvait confinée dans sa petite chambre du Sacré Coeur . Le tramway traversait le boulevard Baille à vive allure pour s'engouffrer dans l'avenue de Toulon . On descendait après le pont de chemin de fer qui surplombe l'avenue de la Capelette , juste avant les rues Michelis et Esquiros. On rejoignait alors le boulevard Saint Jean qui à l'époque était une zone déserte. Aucun immeuble n'était construit, on y trouvait seulement de vastes entrepôts où l'on stockait du soufre qui certains jours dégageait une odeur nauséabonde. L'Église, qui présidait ce qui allait devenir un boulevard animé, était dans un triste état. Sa façade était soutenue par des contres forts en bois pour éviter un effondrement de l'ouvrage, lequel avait subi le bombardement du 27 Mai 1944. La guerre était finie depuis plus de six ans, mais le clergé n'avait pas les moyens d' effectuer les travaux de renforcement. Je me souviens aussi de ce vieux crépi qui se détachait par plaques entières . Qui pouvait imaginer en cet instant qu'un demi siècle plus tard, l'église retrouverait son éclat d'antan et que le boulevard deviendrait un quartier résidentiel. Nous descendions rapidement la rue Esquiros pour rejoindre Le Sacré Coeur qui était tenu à l'époque par des religieuses. Dès que nous avions franchis le petit hall d'entrée du couvent, on ressentait un recueillement qui nous coupait subitement du brouhaha de la ville et de son agitation. Tantine demeurait dans cet établissement depuis de nombreuses années déjà. C'était ce qui correspondrait aujourd'hui à un foyer logement pour personnes âgées. Après avoir emprunté un couloir qui nous faisait contourner les cuisines , nous débouchions sur une cour intérieure bordée de platanes. De là nous tournions sur la gauche pour atteindre un portillon aux couleurs bleu pâle qui était perforé de petits trous dans sa partie supérieure. Maman ouvrait alors la porte métallique qui donnait accès à une sorte de coursive obscure conduisant à un escalier de bois ciré. Nous gravissions rapidement ces quelques marches qui nous séparaient encore de la chambre de Tantine. Elle était là qui attendait notre venue . Je revois encore l'emplacement du mobilier qui meublait la pièce. Au pied de son lit, il y avait une petite table flanquée de part et d'autre par deux fauteuils crapaud sur lesquels elles prenaient place pour se plonger dans de longues discussions dont je ne percevais pas le sens. Alors je profitais de ces moments pour redescendre dans cette cour et jouer avec une sorte de manège métallique. Parfois Maman jetait un oeil de la fenêtre pour me demander si tout allait bien. Je lui demandais alors qu'elle vienne faire tourner le manège car il m'était difficile de le faire tourner seul. Vers l'heure du goûter je remontais à la chambre pour déguster quelques friandises que Tantine achetait chez le Pâtissier sur l'avenue de la Capelette en direction de Pont de Vivaux. Lors de ces après midis passés dans cette cour, il m'arrivait de rencontrer de grandes filles qui venaient faire de la balançoire. J'appris en 2007 qu'il s'agissait de jeunes filles dont les familles souhaitaient qu'elles deviennent religieuses. Souvent elles me proposaient de monter sur cette balançoire, mais chaque fois je refusais car j'avais le vertige. Pourtant une fois, et en raison de leurs insistances, je me laissais convaincre. Mes craintes se révélèrent justes. La balançoire, à chacune des poussées, s'élevait un peu plus haut dans les airs. Pris de vertige, je lâchais les cordages et je me retrouvais au sol avec plus de peur que de mal. J'avais craints d'abîmer le bel ensemble que Maman venait de m'acheter 'Aux Deux Pierrots'. C' était l'une des plus belles boutiques pour enfants située en haut de la rue de Rome mais dont l'enseigne a disparu depuis longtemps. D'autres fois nous nous rendions chez le pâtissier de l'avenue de la Capelette et Tantine me laissait choisir les petits gâteaux.Aujourd'hui notre pâtisserie a également disparu, tout comme celle qui se trouvait à l'angle du Cours Joseph Thierry et du Boulevard Longchamp. C'était souvent avec Maman notre dernière halte avant de rejoindre le 44 rue Jean de Bernady. Nous quittions Tantine en fin d'après midi, et c'était notre retour vers le centre ville. Parfois en fin d'été il nous arrivait de faire le trajet alors que la nuit commençait à venir, c'était le signe que les vacances s'achevaient. La perspective de la rue Thiers venait alors hanter mes pensées bien que durant plusieurs semaines j'en avais oublié son existence.
Catalan Beach:

'Les Catalans dans les années trente, les arcades conservent encore en 2009 les mêmes teintes.'
Cet épisode constitua le deuxième volet des 'Glamorous Fifties'. Ainsi nous allions deux à trois fois par semaine passer la journée aux Catalans qui était la grande plage privée de l'époque. La veille, Maman allait acheter des petits pains au lait pour me préparer des sandwiches au pâté. Je revois encore le magasin d'alimentation à l'angle de la rue d'Isoard et de la rue Jean de Bernady dont le rideau métallique est baissé depuis de nombreuses années, ainsi que celui de la boulangerie. Nous quittions l'appartement vers dix heures pour nous rendre cours Joseph Thierry y prendre la ligne 81. Celle-ci nous déposait à proximité de la plage une demi-heure plus tard. A cette époque l'entrée se faisait par la corniche. Nous traversions une sorte de cour intérieure entourée de grilles. Maman achetait nos billets d'accès au guichet qui se trouvait sur la droite de cet espace clos. Puis on empruntait un escalier s'enfonçant sous une sorte de tour qui subsiste encore aujourd'hui. Le reste des bâtiments de l'époque ont été rasés et un jardin public y a été aménagé dans le courant de l'année 2008. Au bas de l'escalier, nous tournions à gauche pour nous diriger vers les cabines de déshabillages qui se trouvaient sur la plate forme en arrondi qui surplombe la mer encore aujourd'hui. A l'avant des rangées de cabines , un grand escalier en bois s'enfonçait dans la mer permettant de s'immerger dans la grande bleue. C'est de cet endroit que Maman prenait ses bains de mer pour éviter de marcher dans le sable.En atteignant la zone des cabines, une dame en blouse blanche venait à notre rencontre pour nous en proposer une. Munie d'un crochet en laiton, elle frappait sur les portes pour déterminer si la cabine était libre ou occupée. Un bruit étouffé: la cabine n'était pas disponible, une résonance indiquait que la cabine l'était. Maman me faisait mettre mon maillot de bain pour me permettre de rejoindre la plage . Pendant de longues heures je restais à y faire des châteaux de sable. Parfois il m'arrivait de m'aventurer au fond de la plage tout près des arcades qui subsistent et dont les couleurs n'ont pas changées. En cet endroit il y avait déjà à l'époque deux courts de volley. Je restais un long moment à observer les volleyeurs soulevant le sable à rendre l'air irrespirable. Ce sport roi de la plage continue aujourd'hui d' être pratiqué sur la plupart des nouvelles plages phocéennes. Décidément c'est l'une des rares choses qui soit restée immuable en ces temps où tout change. Vers midi, je rejoignais Maman faisant du bronzage sur les toits de cabines. De ce solarium on pouvait apercevoir tout le complexe des Catalans, et le célèbre club de natation de Marseille qui fit, quelques années plus tard, d'Alain Mosconi un champion olympique. Assis à ses côtés je dévorais les petits sandwiches qu'elle m'avait préparés. Nous parlions peu mais je savourais ces instants avec délice. En la quittant pour rejoindre la plage, elle me disait toujours' tu peux te baigner'. L'interdit de baignade après le repas, édicté par Tati était levé. Cela m'étonnait toujours car je craignais l'hydrocution. Le risque ne pouvait se produire selon ses propos que si on la digestion était déjà engagée. De fait , je n'eu jamais d'hydrocution.


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