dimanche 5 octobre 2008

La Dynastie de L'Ephémère: Escapades







'Au début des années cinquante, Tati et moi sur La Canebière'









Alors que j'attendais la venue des vacances d'été pour revoir Maman, les temps de vicissitudes furent entrecoupés par les escapades à la Ciotat avec Tati, et les visites de Tantine avec Mademoiselle Cecile.







La Ciotat:






Chaque année, à cette période des 'fifties', ma tante m'emmenait aux beaux jours passer les week end à La Ciotat. Le samedi en début d'après midi nous allions prendre notre car à la contre allée Léon Gambetta. Sans autoroute, et malgré une circulation fluide, nous avions plus de deux heures de trajet sur une route sinueuse et encaissée. Le car passait par Aubagne et Cassis. Ce pauvre 'tacot', ne dépassait guère le 30 kilomètres heure dans les côtes. L'autocar s'arrêtait à chaque petit chemin ou lieu dit qui se trouvait sur son trajet. C'était, en dehors de la SNCF, la seule liaison qui existait sur le secteur. La climatisation n'existait pas encore, et les passagers devaient supporter une chaleur d'étuve qui régnait sous ce soleil de plomb. Nous arrivions à destination en fin d'après midi. Du port , nous avions à parcourir deux à trois kilomètres pour rejoindre la petite location dans une ferme située en plein champ à proximité de la calanque du Mugel. Chacun muni de sa valise, nous commencions notre marche à pied. Nous longions sur plusieurs centaines de mètres les hauts murs du chantier naval qui était à l'époque en plein développement de la construction des tankers pétroliers. J'entends encore le bruit sourd des presses, le martèlement du métal, les clameurs des ouvriers s'interpellant. Après avoir dépassé le chantier et gravi un dernier raidillon, nous longions 'La villa des Roses'. C'était la dernière maison de la ville, au delà une vaste zone de champs et de vignes s'étendait devant nous. Au bout de la petite rue déserte, sur la gauche un sentier conduisait au Mugel. Nous bifurquions sur la droite pour emprunter un chemin envahi par les herbes folles de ces champs tombés en friche. Aujourd'hui le sentier a disparu pour faire place à une avenue bordée d'immeubles et de villas. Nous étions à mi chemin, mais fatigué par le poids de ma petite valise, je commençais à traîner la jambe. Il fallait alors toute la persuasion de ma tante pour me faire avancer. Au bout du sentier nous arrivions à la ferme qui était constituée par trois corps de maisons. La plus grande constituait le lieu de vie de Mr et Mme Béraud notre bailleur. La location se situait au premier étage d'une d'entre elles.Elle était constituée essentiellement par une grande pièce dont la fenêtre donnait sur la campagne. Pour accéder à notre domaine, nous devions gravir un vieil escalier en bois et traverser un espace qui servait de lieu de séchage au tilleul dont le parfum envahissait la maison. Je revois encore la disposition de ce lieu de villégiature: en face de la porte se dressait un grand lit où ma tante dormait. Le mien était sur le côté gauche tout près de la fenêtre, au milieu de la pièce se dressait une grande table où nous prenions nos repas. Dans un coin de la pièce, les propriétaires avaient installés un petit meuble sur lequel était posée une bassine qui faisait office de salle d'eau. C'était rudimentaire, mais on se sentait bien. Le bruit de la ville avait disparu, et nous pouvions respirer à plein poumon l'air pur de la campagne. Dès le lendemain matin , nous partions à travers champ rejoindre le Mugel. Ainsi durant cinq années de Mai à Septembre nous venions passer notre dimanche dans un décor féerique. Je revois ce petit rocher sur lequel je venais m'asseoir pour y tremper un fil nylon d'un roseau que je considérais avec fierté comme une canne à pêche. Mais aucune Dorade ne pût être prise. Parfois, 'Riquet ' le propriétaire de la villa des Roses descendait par un sentier escarpé pour venir à notre rencontre. De cet endroit, sa propriété dominait la calanque, les chantiers navals n'avaient pas encore construit l'extension du port qui devait permettre la construction des supers tankers venant ainsi empiéter les eaux profondes du Mugel. Souvent, il nous invitait à le rejoindre dans son magnifique jardin où se trouvait un patio
surplombant toute la calanque. La vue était magnifique: Le Mugel à nos pieds, nous étions face une colline rougeâtre qui était creusée par des alvéoles donnant à la colline un aspect volcanique. En arrière se dressait les contres forts du Bec de L'Aigle dominant Figuerolles. Sur la gauche se profilait l'île Verte. Au soleil couchant le spectacle était grandiose. En ces débuts des années 'cinquante' sa maison qui avait été bombardée le 27 Mai 1944 n'avait pas encore été reconstruite. 'Riquet' venait là le dimanche entretenir cette vaste propriété qui atteignait plus d'un hectare. A proximité du patio où Tati prenait ses bains de soleil , se trouvait un petit bassin surmonté d'une fontaine qu'il faisait couler lorsque je venais regarder les poissons rouges. Je me souviens aussi du figuier, de la vigne, et surtout de ces allées de rosiers magnifiques qui donnèrent lieu au nom de sa villa. je n'avais jamais vu de jardin aussi grand, celui de la rue Thiers me paraissait minuscule au regard de celui-ci. 'Riquet' fut l'avocat de ma tante lors de son divorce. C'est bien plus tard que je compris que 'Tati' était devenue sa maîtresse, et qu'ils durent attendre le décès de sa femme qui perdit la raison sous les bombardements de Mai 1944. Lors d'une alerte, elle s'était réfugiée dans la cave avec ses fils Pierre et Jean. Sous la violence du bombardement la villa fut entièrement anéantie , seule la cave creusée dans la roche avait résistée. je me revois encore avec Tati et Riquet foulant les décombres de la maison, c'était un Dimanche aprés midi du début des années 'fifties'.

Les Jeudi de Mademoiselle Cecile:

Durant la période scolaire, chaque jeudi après midi, Tantine accompagnée de Mademoiselle Cecile venaient me rendre visite à la rue Thiers. Ce furent des moments de bonheur intense que je vivais pleinement. Il y avait une grande tendresse, une profonde affection qui émanait de Tantine. J'attendais chaque semaine sa venue, qui pour moi constituait un rayon de soleil dans un univers triste dans lequel j'évoluais sans espoir. La dépression était en train de se construire mais je n'en avais pas conscience. Tantine c'était des millions de fois plus puissant et efficace que tous les xanax et prozac réunis. J'étais son petit ' Biquet'. Mes grands parents l'aimaient beaucoup, elle qui était si douce si attendrissante. Elle venait de la Capelette en tramway jusqu'à Garibaldi, le terminus de la ligne. Alors il fallait qu'elle remonte la Canebière pour rejoindre la rue Thiers. C'était une véritable expédition, car en raison de son infirmité elle se déplaçait avec beaucoup de difficultés. Mais 'Mademoiselle Cecile' son amie du Sacré Coeur l'accompagnait pour veiller sur elle. Nous restions ainsi à parler longuement dans la véranda, ma grand mère prenait soin de nous laisser seul et allait se réfugier dans la cuisine. Pépé également profitait de ces circonstances pour se rendre chez ses fournisseurs. Nous parlions rarement de Maman, mais nous la savions présente dans notre coeur. On évoquait l'été qui marquait le temps ou Maman et moi venions à notre tour à La Capelette pour lui rendre visite. Le temps passait si vite, et c'était déjà le départ pour son long retour à La Capelette. Au fur et à mesure qu'elle traversait le magasin, je sentais ma gorge se serrer. J'avais l'impression d'avoir une boule d'acier qui venait m'empêcher de respirer. Je mobilisais toutes mes énergies pour ne pas m'effondrer dans un fleuve de larmes. La grande porte de verre déclenchait alors sa sonnerie stridente comme une alarme du désespoir. En ces instants terribles j'aurais voulu mourir. Personne ne su jamais rien de ce chagrin intense qui me détruisait et qui paradoxalement m'aidait à attendre la semaine suivante. Un jour il fut décidé que nous irions nous promener du côté du boulevard Chave. Le motif de ce déplacement ne m'est jamais revenu en mémoire. Alors que nous déambulions tous les trois sur le boulevard, je fus attiré par la vitrine d'un magasin de jouets qui exposait des avions à hélices. Émerveillé par un appareil doté de quatre magnifiques hélices, Tantine voulu immédiatement me l'acheter. Je refusais vivement car je savais que Pépé m'aurait reproché de m'être fait offrir un cadeau si onéreux et inutile. Sur l'instant Tantine accepta et nous reprîmes notre chemin. Au retour de notre promenade alors que j'avais oublié cet avion, Tantine s'arrêta à la boutique pour m'acheter l'objet de mes convoitises. Je ne pus l'en empêcher. Mes craintes se révélèrent exactes, 'L'entreprenant' me réprimanda d'avoir incité Tantine à faire cette dépense. Au fond je m'en voulu d'avoir exprimé ce désir car Tantine était pauvre et n'avait pratiquement rien pour elle. Le dernier Jeudi passé ensemble se situe en Janvier 1955 juste avant le décès de 'L'aquarelliste ' mon grand père maternel. Un mois plus tard, je quittais la cité Phocéenne pour l'Institut Polytechnique de Toulouse dirigé par un certain docteur Chaurand. Sous ce terme d'institut polytechnique, se cachait en fait un établissement privé correspondant aujourd'hui aux instituts médico éducatifs : les IME. Ainsi 'Louis Le Magnifique' au lieu de me placer dans un contexte familial , il me jetait dans le monde de l'enfance inadaptée. Pourtant son ami Le Docteur Caïn qui dirigea longtemps la Clinique L'Emeraude à Mazargues , lui avait dit :" Ce dont souffre ton fils c'est l'absence d'un véritable contexte familial et de l'affection maternelle qui lui fait défaut".Ainsi s'achevèrent les fameux Jeudi de Mademoiselle Cecile.
Le 30 juin de la même année, Maman vint me chercher à Toulouse pour passer avec elle deux mois fabuleux de mon enfance:'The Glamorous Fifties'.

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