
Marrakech......................Maroc !!
Denière Dynastie du Bas Empire:1978 à 1992
En devenant médecin de bord sur 'L'Agadir', 'Louis Le Magnifique' fit la connaissance d'une certaine Saadia, sa cadette d'une trentaine d'années, qui assumait la fonction d'hôtesse sur cette ligne maritime faisant la navette Tanger-Sète-Tanger. C'est vraisemblablement à l'occasion de réceptions organisées dans les salons de L'Agadir qu'il du faire sa connaissance. Ses atouts qu'il avait autrefois déployés avec la 'Dynastie de L'éphémère' jouèrent ses effets une fois de plus. Sa tenue d'officier en tant que Médecin lui permirent de subjuguer durablement cette jeune conquête. En fait j'appris ultérieurement que Saadia ne pouvait avoir d'enfants, cette situation ne lui permettait pas dans la culture musulmane d'épouser un marocain qui aurait voulu avoir des enfants. Sa stérilité l'exposait donc à une répudiation quasi certaine. Outre la jeunesse de Saadia qui devait flatter l'ego de 'Louis Le Magnifique' , il projeta de l'épouser afin de consolider ses relations avec le corps des officiers marocains qui pouvaient voir en ce mariage qu'une marque d'estime de sa part. En fait, il lui fallait travailler encore une dizaine d'années afin de bénéficier d'une retraite de la Comanav en application des conventions passées entre La France et Le Maroc. Dans cette même ligne de pensée, il se mit à apprendre l'arabe littéraire afin de mieux maîtriser leur langue. Outre le fait qu'il soignait l'équipage dans le cadre de ses fonctions , il le fit gracieusement pour les proches qui résidaient à Tanger ou à Sète. Enfin il décida de se convertir à L'Islam afin de parachever la panoplie de séduction. Ainsi en 1951 par décret Présidentiel il était autorisé à changer de nom, avec l'avènement de 'La Dynastie Islamiste' il optait pour la religion musulmane et prenait pour prénom 'Abdelaziz' qui signifie 'Le serviteur du plus haut'. lors de son baptême musulman, il fut dispensé de la circoncision en raison de son âge Il avait plus de cinquante sept ans. C'était le grand schelem. Ce sixième mariage qui clos le processus dynastique constitue une transgression aggravée au regard des 'Constellations familiales'. Déjà avec la 'Dynastie Malcorienne' une étape supplémentaire avait été franchie en initialisant la transgression de l'ordre hiérarchique au niveau de ses petits enfants. En effet, sa dernière fille 'Aline' était plus jeune que mes filles. 'La Dynastie Islamique' va au delà de cette transgression car ici l'épouse est plus jeune que ses deux fils aînés et est de l'âge de notre soeur Anne. A l'époque je n'avais pas conscience de ce qui était en train de s'instaurer. Je ne voyais là qu'une péripétie supplémentaire. Eloigné depuis plusieurs années du sud de la France, je pris acte de l'évènement sans m'y attarder outre mesure.
Une Halte à Sète:
Sept années s'étaient écoulées depuis ma dernière entrevue avec mon père. C'était à l'automne 1977 lors de son passage à Saint Maur des Fossés, alors qu'il était accompagné par la Louise. Depuis cette rencontre mouvementée, j'avais de mon côté traversé de graves difficultés familiales qui m'amenèrent à quitter la région parisienne pour venir habiter à Saint Benoit un petit village poitevin situé à proximité de Poitiers. Moi même j'avais sombré dans l'abîme de la répétition, puisque en 1985 âgé seulement de 41 ans je venais de divorcer une deuxième fois, et comme 'Louis Le Magnifique' je me trouvais éloigné de mes trois enfants. Je répétais à mon tour ce que j'avais moi même jadis dénoncé. Lors des vacances de cet été 1985, je décidais avec mon amie 'Marie Michele' de nous rendre à Saloup là où elle passait ses vacances du temps de son premier mari avec lequel ils avaient eu quatre enfants. C'était une sorte de pèlerinage, elle pour revoir certains paysages, et de mon côté pour revivre un instant ces ambiances méditerranéennes qui me manquaient tant depuis mon départ de Marseille en Janvier 1971. Quinze ans s'étaient consumés vainement. A notre retour de vacances il fut convenu de faire une halte à Sète pour tenter de rencontrer 'Louis Le Magnifique' et favoriser, ainsi, une réconciliation. L'opération était risquée et hasardeuse. Risquée car je ne connaissais pas l'état d'esprit dans lequel se trouvait mon père, hasardeuse car je ne connaissais pas les jours ou l'Agadir faisait escale à Sète. Néanmoins l'opération méritait d'être tentée. Ainsi en cette fin d'août 1985 on mis le cap sur la ville chère à Brassens et Paul Valéry. Arrivé en début de soirée on se dirigea vers le quai où devait accoster le navire. Ce dernier était désert, mais renseignements pris auprès de la capitainerie L'Agadir était déjà annoncé. Il ne nous restait plus qu'à attendre son arrivée. N'ayant jamais rencontré Saadia, Marie michelle me demanda comment pourrais je la reconnaître. La question était pertinente.
Une soirée à bord:
Quelques instants plus tard, la silhouette de L'Agadir se profila dans le chenal d'accostage. Il fallu attendre encore un long moment avant que des personnels de l'équipage descendent à quai en empruntant une passerelle longeant la coque du bateau. Par intuition je reconnus immédiatement Saadia : sa jeunesse, ses vêtements portaient la marque de 'Louis Le Magnifique', je ne pouvais me tromper. Arrivée à terre, elle traversa la zone internationale et disparue dans la foule. Une demi heure plus tard, je vis mon père descendre cette passerelle en tenue d'officier. L'heure de vérité était arrivée. Allait-il apercevoir mes signes pour attirer son attention, et répondrait-il à cette invitation? La chance voulu que son regard se porta à l'endroit où je mettais placé. Je le sentis inquiet et hésitant. Mais l'envie de nous revoir fit que quelques minutes plus tard il vint à notre rencontre. Le contact était enfin rétabli. Il était surpris par cette visite inattendue, et c'est avec enjouement qu'il nous convia à visiter L'Agadir qui était devenu son univers de vie. La Comanav avait mis à sa disposition une salle d'examen qui restait assez rudimentaire au regard de ce dont il disposait du temps de Tallard. Mais ce sous équipement ne semblait pas le géner, il avait tourné une page de sa vie et il était plus préoccupé à assurer un contact humain et chaleureux avec le personnel navigeant et les touristes qui se rendaient au Maroc . La visite s'acheva par sa cabine. Celle ci était petite mais confortable. De son hublot il apercevait la grande bleu qui lui fit subir, durant ses premiers mois de navigation, le mal de mer. Placée à proximité de la salle d'examen, il y passait de longues heures à étudier l'arabe littéraire. Dans toutes les explications qu'il pouvait fournir et auxquelles je prêtais une attention distraite, je revoyais en arrière fonds de ma pensée le médecin praticien qu'il avait été . Mon père était vivant, la maladie semblait s'être estompée, certes la vie sur L'Agadir était différente de celle qu'il avait connu antérieurement, mais la gaité était revenue, et c'était pour moi l'essentiel . En soirée il nous invita à diner à bord avec le Commandant et les officiers. Saadia participa à ce diner mais peu de mots furent échangés. La soirée s'acheva par une brève visite des salons de L'Agadir où des réceptions étaient organisées durant la période touristique. Le lendemain, je repris la route du Poitou pour déposer Marie Michelle à Saint Benoit et rejoindre Vendôme où j'occupais une fonction de direction à la clinique du Bon Secours.
La dernière rencontre:
C'est à l'occasion des fêtes de la Toussaint en Novembre 1988 que je revis la dernière fois 'Louis Le Magnifique'. Mais à cette époque je ne pouvais pas savoir que ce serait la dernière fois que je le revoyais. J'avais voulu à cette occasion lui présenter 'Janine' avec laquelle je m'étais remarié à Brest, où j'avais pu retrouver un emploi en juin 1986. C'est à cette occasion que je pus faire réellement connaissance de Saadia. J'avais sept ans de plus qu'elle, et je compris qu'elle n'aimait pas sincèrement mon père dont en fait elle aurait pu être la fille. De surcroît les méfaits de sa maladie étaient de nouveau réapparus , dans ces conditions isolé dans son appartement de Sète, loin des amis qu'il avait connu dans les Alpes ou à Marseille rien de bon ne pouvait surgir. Ces derniers instants de vie partagés avec lui furent pathétiques. Lors d'une dispute où elle lui reprochait son manque d'argent pour sortir , je vis mon père lui mendier de la tendresse , c'etait dramatique et c'est dans ces conditions que je quittais Sète en soirée pour repartir veers la lointaine Bretagne. En septembre 1992 , j'appris son décès à l'hopital de Montpellier. Ainsi s'acheva la sixième dynastie de 'Louis Le Magnifique'. Mais toi 'Abdel Aziz' dont je suis le gardien de tes cendres donne nous encore la force d'affronter notre destin avec serenité.

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